Aiki ken #1 – Suburi 2

Qu’arrive-t-il à PV ? Est-ce qu’il a perdu son âne ?
Il crie partout que tout commence avec le Un et voici qu’il débute la série des sept suburi de ken avec le numéro deux. Quelle mouche le pique ?

Et bien voilà, le suburi numéro deux a un gros avantage sur le suburi numéro un, c’est qu’on sait ce qu’on y fait : la hanche directrice est la hanche droite.
Nous adoptons donc la bonne habitude de Descartes qui consiste à partir des choses les plus assurées, pour aller ensuite vers celles qui présentent un peu moins de certitudes (les suburi de ken n° 1, 4, et 6… peut-être).

A partir de la position chudan no kamae (temps 1), la jambe droite passe à l’arrière (temps 2). De cette manière, dans les temps 3 et 4, qui correspondent au moment de la coupe, elle pourra agir comme une « jambe de force », comme une colonne de transmission de l’énergie.

Essayons maintenant d’analyser avec précision ce qui se passe exactement au moment précis de la coupe. La mise en rotation de l’axe central du corps entraîne en effet plusieurs choses importantes.

A/ DEPART DE LA COUPE

B/ FIN DE LA COUPE

Nous avons donné au point B/ le titre de « Fin de la coupe » car il est essentiel de bien comprendre qu’à ce moment là, la phase de coupe à proprement parler est terminée.

Le temps suivant (5) consiste seulement à laisser avancer la jambe arrière, qui est naturellement entraînée vers l’avant par l’énergie cinétique du mouvement né de la dynamique de rotation. Ce déplacement de la moitié arrière du corps vers l’avant porte le nom de Tai no henka (cf. Faust #3).

Il s’agit là évidemment d’une conclusion logique et naturelle de la coupe par un ajustement de la position vers l’avant, mais il faut se garder de penser que la coupe se fait dans ce temps final où uchi avance la jambe arrière. Avancer la jambe ne sert en rien la coupe.

C’est une erreur classique, fréquente, et de grave conséquence de placer la coupe là où elle ne se trouve pas, c’est à dire d’avancer trop tôt la jambe arrière, erreur qui prive uchi de sa jambe d’appui au moment où il en a précisément le plus besoin, dans sa dynamique de rotation, dans sa poussée, et dans son effort de frappe.

C’est un lieu commun de l’Aikido, bien-sûr, de rappeler que shiho nage est l’application à mains nues (tai jutsu) de la frappe shomen uchikomi du sabre, et personne ne me contredira je pense sur ce point.

Mais si shomen uchikomi est bien – comme nous l’avons montré dans le deuxième suburi – un mouvement né d’une projection vers l’avant de la hanche arrière, à partir d’un appui et d’une poussée sur la jambe arrière (qui a la fonction d’une jambe de force, rappelons le), alors la coupe d’O Sensei sur shiho nage doit être interprétée…

En outre, sur le plan martial :
Le cas A ne laisse aucune chance à uke d’effectuer la moindre chute. Le mouvement accompli de cette manière peut s’avérer extrêmement dangereux pour uke s’il est effectué sans contrôle. Et ceci est une mise en garde aux pratiquants qui ne doivent pas essayer de reproduire les exercices expliqués ici en dehors de la surveillance d’un instructeur qualifié.

Le cas B permet au contraire à uke de chuter en arrière, ou éventuellement de pivoter et de faire une chute avant en s’enroulant autour de son coude, ce qui est plus confortable, ou plus spectaculaire… mais possible uniquement parce que le mouvement de tori est faux.

N’est-il pas étonnant, compte tenu des arguments qui viennent d’être donnés, que les pratiquants d’Aikido dans le monde utilisent quasi unanimement la forme B, c'est-à-dire qu’ils coupent à l’envers de ce qui doit être fait ?

― PV, j’ai bien peur que tu n’aies pas compris !
Sur shiho nage en effet, il ne s’agit pas du deuxième suburi de ken, mais du premier bien-sûr. Et tout le monde sait bien que, dans le premier suburi, shomen uchikomi se fait à partir de la hanche avant, et pas à partir de la hanche arrière.

Voilà donc l’objection. « Tout le monde sait bien »… certes… c’est ce qu’on appelle une évidence j’imagine … mais moi, j’ai gardé cette manie d’enfant : demander pourquoi. Pourquoi le deuxième suburi coupe-t-il avec la hanche droite, et pourquoi le premier suburi – alors que les pieds sont inversés et que la position est donc parfaitement symétrique – coupe-t-il aussi avec la hanche droite ? On ne fait donc pas shomen uchikomi avec la hanche gauche ? Pourquoi ?

Et puisque nous sommes au temps des questions, je voudrais soumettre celle-ci à tous ceux qui pensent que le cas B est la forme correcte. Supposons que shiho nage soit réalisé sur le bras gauche d’uke et non plus sur son bras droit, ce qui est parfaitement possible évidemment, et obtenu ici par commodité en retournant horizontalement la photo d’O Sensei :

Que fait ici le Fondateur ?
Le suburi n°1 ou le suburi n°2 ?

Pour moi qui pense selon le cas A, c’est évidemment le suburi n°2, shomen uchikomi, avec la hanche arrière droite pour hanche directrice.

 

Mais pour les partisans du cas B :

 

1 - Cela ne peut pas être le suburi n°1, puisque le suburi n°1 se fait, comme chacun le sait, à partir de la hanche avant droite, et que la hanche avancée est ici la gauche.

2 - Cela ne peut pas être davantage le suburi n°2, puisque le suburi n°2 se fait à partir de la hanche arrière droite, et qu’on serait alors – si on acceptait cette interprétation – dans le cas A.

Ce serait peut-être alors le suburi n°1 réalisé… à gauche ?
On peut donc faire le suburi n°1 aussi bien à droite qu’à gauche ?

― Mais bien-sûr PV ! Et d’ailleurs qu’est-ce que le suburi n°4 sinon le suburi n°1 exécuté une fois à droite, une fois à gauche ?

Pardon, mais je ne crois pas du tout cela. Maître Saito a toujours enseigné le 4 ème suburi comme une frappe shomen uchikomi alternativement à droite et à gauche, certes, mais toujours à partir de la hanche arrière, hanche directrice qui est projetée vers l’avant en fin de coupe. Et ça, c’est la définition du suburi n°2, pas du suburi n°1.

Alors, si on admet la forme B, je serais curieux que quelqu’un veuille bien me dire quel suburi de ken O Sensei fait donc ici sur ce shiho nage du bras gauche d’uke ?

Faute de réponse, je m’efforcerai de répondre moi-même dans les cahiers techniques suivants. Qu’on ne m’en veuille pas s’il faut alors tordre le cou à quelques « évidences » et idées reçues.

La marche « à rebours » commence ici.
A la croisée des chemins de l’Aikido, nous, les héritiers d’O Sensei, avons pris la mauvaise direction. Il faut revenir au carrefour des quatre chemins. C’est bien-sûr shiho (quatre directions) qui nous y ramène. Pouvait-il en être autrement ?

Ce n’est pas toujours facile de revenir sur ses pas, ce n’est pas gratifiant, mais il n’y a pas d’autre solution pour qui veut pratiquer l’Aikido d’O Sensei… enfin.
Cette fois nous allons faire attention à rester sur la bonne route.

Philippe Voarino, janvier 2014.

Reprise: 

Qu’est-ce que l’Aikido Traditionnel ?


L’Aikido n’est pas un sport, c’est un art martial dont les lois (takemusu) sont en harmonie avec les lois de l’univers. L’étude de ces lois permet à l’homme de comprendre sa place dans le monde. L’Aikido est né à Iwama, O Sensei a réalisé dans ce village la synthèse entre tai jutsu, aiki ken et aiki jo.

Où pratiquer l’Aikido Traditionnel ?


La Fédération Internationale d’Aikido Takemusu (ITAF) apporte au pratiquant la structure dont il a besoin pour travailler au plus près de la réalité définie par O Sensei Morihei Ueshiba. Ses représentations nationales officielles garantissent un enseignement fidèle à celui légué par le Fondateur.

Les armes de l’Aikido, l’aiki ken et l’aiki jo


Dans l’Aikido moderne les armes sont peu enseignées, voire pas du tout. Dans l’Aikido d’O Sensei au contraire, l’aiki ken, l’aiki jo et le tai jutsu sont unis par des liens tels qu’ils forment ensemble un riai, une famille de techniques harmonieuses issues d’un principe unique. Chaque technique aide à comprendre toutes les autres.

Aikido art martial ou art de paix ?


La paix est un équilibre de l’être humain avec le monde qui l’entoure. L’objectif de l’art martial véritable n’est pas de devenir plus fort que son adversaire, mais de trouver dans l’adversaire un moyen de réaliser l’harmonie, l’ennemi n’existe plus alors comme tel mais comme celui qui offre l’occasion de parvenir au ki unifié.

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