Aiki ken #3 – Suburi 1 – 2ème Partie

Avertissement – La bonne compréhension du premier suburi de l’Aiki ken est d’une importance capitale pour la pratique de l’Aikido dans son ensemble (aiki ken, aiki jo et tai jutsu). Le dossier était trop long et trop lourd pour faire l’objet d’un seul cahier technique. Je l’ai donc divisé en deux parties pour faciliter sa lecture. Mais la première partie est incomplète sans la deuxième, et la deuxième ne peut pas être comprise sans la première. Je demande donc qu’on veuille bien lire les deux parties avant d’avoir un jugement sur l’objet de cette étude.

(Suite de la 1ère partie)

[Voilà un exemple des multiples confirmations de la coupe à partir de la hanche arrière, qui a été mise en lumière dans aiki ken # 2, 1ère partie.]

Le temps 3 de Happo giri consiste, à partir d’une position hidari hanmi, à couper un adversaire sur la droite avec gyaku yokomen (1-2-3), et à enchaîner cette coupe à 90° par un shomen uchikomi à 180° (4-5) pour couper un adversaire sur l’arrière :

On remarque tout de suite que le shomen uchikomi à 180° (4-5) n’est pas autre chose que le premier suburi de ken (cf. 1ère partie).

Essayons maintenant d’analyser la dynamique des forces dans cet enchaînement :

On voit clairement que la coupe shomen uchikomi (4-5) s’inscrit dans la continuité parfaite de la phase précédente gyaku yokomen (1-2-3). Les hanches pivotent du début à la fin de la séquence dans le même sens, Tout est logique, naturel et sans interruption. De ce fait, le mouvement global apparaît non pas comme la succession de deux coupes différentes, mais comme une coupe unique se développant dans deux angles successifs.

Et voilà bien pourquoi cette coupe est d’une rapidité et d’une puissance foudroyantes quand elle est exécutée de la sorte.

Imaginons maintenant un instant ce qui se passerait, si l’on pratiquait au contraire le premier suburi, c'est-à-dire la phase 4-5, avec la hanche avant pour hanche directrice :

Il y a dans ce cas un conflit évident entre la première partie du mouvement et la seconde : la rotation du gyaku yokomen (1-2-3) s’effectue dans le sens des aiguilles d’une montre, alors que la rotation du shomen uchikomi s’effectue en sens contraire des aiguilles d’une montre. Ce qui signifie qu’il faut arrêter la première partie du mouvement pour pouvoir repartir en sens contraire dans la deuxième partie : le mouvement unique et continu que nous avons analysé un peu plus haut est, de cette manière, transformé en deux mouvements distincts et contraires.

La vitesse d’exécution peut évidemment donner le change, et l’illusion que le mouvement est rapide, mais elle ne pourra jamais compenser la perte de temps inévitable liée à ce mouvement de balancier. Car un balancier doit nécessairement décélérer et s’arrêter – et ceci est d’autant plus long que sa vitesse initiale est élevée – puis il doit accélérer de nouveau d’un point zéro pour repartir dans l’autre sens. Voilà pourquoi, répétons-le, il n’existe pas de mouvement de balancier en Aikido, il n’y a que des spirales. La spirale agit de manière continue, et la puissance qu’elle dégage au terme de sa course, grâce à ce mode d’action, est infiniment supérieure à celle qui résulte du mouvement discontinu du balancier.

Nous piochons avec un peu d’ironie dans le site TAI deux excellentes photos de ce qu’il ne faut pas faire sur le premier suburi de l’aiki ken.

Ce clin d’oeil devrait suffisamment mettre en garde le lecteur quant au caractère suspect des cahiers techniques du site, antérieurs à une certaine époque, et qui doivent être considérés aujourd’hui davantage pour leur aspect historique que pour leur vérité technique :

Dans cette coupe à contre-pied, l’énergie résulte en réalité de l’effort musculaire des épaules, au lieu d’être générée par la rotation du bassin qui n’intervient ici, à contretemps et avec une course quasi nulle (sauf à reculer la jambe droite, mais on est alors dans le cadre du suburi 2, et plus dans le 1), que pour faire naître des problèmes biomécaniques insolubles.

Nous sommes donc désormais en mesure de dire quel suburi de ken O Sensei effectue sur la très belle photo de shiho nage que nous utilisons depuis le début :

Il s’agit du premier suburi de l’aiki ken, mais réalisé bien entendu comme il doit l’être en vérité, avec la hanche arrière comme hanche directrice, avec la hanche gauche :

  • shiho nage sur le bras droit d’uke est le premier suburi de l’aiki ken,
  • shiho nage sur son bras gauche est le deuxième suburi.

Ce qui a été dit dans ce cahier technique est difficile à admettre, je le comprends bien. Et d’ailleurs, l’aurais-je admis moi-même il y a seulement quelques années ?

Car j’ai bien-sûr enseigné pendant presque 30 ans – comme tous mes camarades – le premier suburi avec la hanche avant, c'est-à-dire à contre-sens. Nous l’avons enseigné ainsi parce que Maître Saito nous l’a enseigné ainsi. Maître Saito a enseigné de cette manière à tout le monde – y compris à son propre fils.

Aujourd’hui, je crois savoir pourquoi.
L’Aikido est bien plus protégé qu’on ne l’imagine, et ses secrets sont bien gardés. Ils sont accessibles cependant, mais pour cela certaines « erreurs » doivent être reconnues comme des leviers méthodologiques mis en place à dessein pour écarter de la connaissance tous ceux qui ne sont pas habilités à passer la porte.

La coupe à l’envers sur le premier suburi de ken n’est pas du tout un « détail technique » limité à ce suburi : c’est une modification fondamentale, c’est le moyen génial d’occulter l’ensemble de la pratique de l’aiki ken, de l’aiki jo et du tai jutsu.

Car cette inversion de la toute première coupe du ken a des conséquences incalculables sur la pratique de l’Aikido tout entier où les techniques sont conçues pour être exécutées à partir de la hanche arrière, et pas à partir de la hanche avant.

Cette inversion magistrale est passée complètement inaperçue. Elle a été tranquillement reçue et admise comme un dogme sur toute la planète aiki par les élèves directs de maître Saito, comme par tous ceux, de plus en plus nombreux, que sa maîtrise des armes de l’Aikido a influencés.

Alors, je salue ici avec un profond respect le génie de maître Saito qui a délibérément mis en place cette inversion de la coupe, afin de préserver la dimension initiatique de l’Aikido. Cet homme secret a fait ce qu’aucun autre n’a fait : lui qui savait, a enseigné toute sa vie à l’envers un fondement de l’art, afin que les diamants ne soient pas donnés à ceux qui ne font pas tout ce qu’il faut pour les recevoir, et il a ensuite emporté son secret dans la tombe. Morihiro était ce type d’homme, il était capable de perdre beaucoup pour ce qu’il croyait juste – et je parle en connaissance de cause pour l’avoir vu agir dans ces circonstances – il était plus qu’on ne l’imagine le gardien de l’Aikido.

L’idée qui l’a déterminé à agir ainsi, l’idée qui se trouve au fond de tout cela est la suivante : on ne reçoit pas l’Aikido comme une marchandise, comme un package de connaissances qu’il n’y a plus ensuite qu’à exploiter avec plus ou moins de bonheur. La vérité ne se trouve pas dans telle ou telle méthode d’enseignement qui la proposerait à l’homme sur un plateau, la vérité est comme une femme, elle se dérobe, il faut la gagner, elle n’est pas acquise de l’extérieur, il faut la chercher dans le seul endroit où elle se trouve en réalité : au fond de soi, et il faut faire ce qu’il faut pour lever le voile, coûte que coûte, il faut être digne d’apprendre.

Maître Saito a laissé tout le matériel nécessaire pour que l’Aikido d’O Sensei ne soit pas perdu, il a laissé une méthode pédagogique merveilleuse. Mais ceux qui l’ont connu savent qu’il n’a jamais laissé croire que cela était suffisant. Ce matériel ne peut pas être utilisé avec profit si – à un moment ou à un autre – le Principe n’est pas reconnu. C’est pourquoi il importe de reconnaître le Principe, ensuite, il ne faut plus s’attacher qu’à lui. Toutes les autres idoles ont leur temps, qui est juste, mais elles doivent être dépassées un jour, et il faut laisser enfin le Principe enseigner. En Aikido, le Principe se manifeste dans le mouvement.

Si toutefois une vérité existe, seul le Principe est le cœur et la clef de cette vérité. C’est cela qu’il faut entendre quand O Sensei explique qu’il ne faut pas se mesurer aux hommes, mais qu’il faut « se mesurer aux Dieux ».

Ce que j’ai compris aujourd’hui, je ne sais pas pourquoi je l’ai compris. La seule réponse que je trouve c’est « parce que j’ai cherché ». Mais je ne savais même pas ce que je cherchais. Pourquoi faites-vous de l’Aikido ? Cette question paraît bien dérisoire en vérité…

Mais pourquoi est-ce que je ne garde pas pour moi ce que j’ai trouvé ? Car je pourrais me taire, je pourrais suivre l’exemple de mon maître. Pourquoi délier le secret que maître Saito a noué au prix de tant d’efforts et de tant de patience ? L’ego peut-être, l’orgueil ou la fierté de dire : « j’ai trouvé ». Ce n’est pas exclu bien-sûr. Peut-être y a-t-il une autre raison. Je ne sais pas, ces choses là me dépassent.

Mais j’ai le sentiment que transmettre cette vision dans mes cours et sur le site TAI est un moyen de mieux comprendre, c’est un moyen d’avancer, le seul moyen dont je dispose à vrai dire maintenant que mes maîtres sont morts, maintenant qu’il n’y a plus personne devant moi pour me montrer la route, maintenant que je suis seul avec tous ceux qui me font l’honneur et l’amitié de me suivre.

Ce n’est peut-être pas une justification, mais c’est ma condition, je ne l’ai pas choisie, et j’y suis parvenu par mes propres moyens. J’habite désormais ma propre maison, tous ceux qui cherchent avec sincérité y sont bienvenus.

Philippe Voarino, janvier 2014.

Commentaires

Incroyable! Merci pour partager avec nous! Salutations.

Alejandro Villanueva lien

bonjour PHILIPPE,

Comme j'en avais parlé précédemment les 2 ou même 3 premier suburis peuvent être travailler comme shomen uchi ikkyo avec 3 gardes différentes cependant cela impose que le pied droit devienne le pied directeur et la spirale part de la droite vers la gauche.il faudrait ensuite inverser pour parfaire l'entrainement.

Depuis toujours les techniques ont été enseignées prioritairement avant les principes et pour moi "l'ENVERS" est la!! j'insiste depuis des mois sur le pied directeur qui donne" happo" cependant le catalogue de SAITO tel qu'il est conçu n'autorise pas la spirale (et pour cause) donc pas de pied arrière directeur donc pas d’Aïkido. c'est un choix pédagogique mais êtes vous persuadé qu'aucune autre pédagogie n'est possible qui pourrait faire la part belle aux principes ?

je vais oser me faire l'avocat du diable mais comment voulez vous me faire respecter le catalogue a la lettre si je sais ou je dois aller véritablement plus simplement maintenant que le voile est levé le catalogue semble être obsolète en l’état et ne devrait il pas être repensé a L'ENVERS

continuer votre logique me sied a merveille

cordialement gilles

Bonjour Philippe

Je commencerai par quelques remarques et questions.

Tout d'abord au début de l'article le mouvement démontré n'est pas le temps 3 d'happo geri. En commençant dans la position n°2 sur votre photo numéro 1 alors le temps de coupe n°3 s'effectuerait en finissant de dos à l'objectif.

D'autre part vous parlez de balancier, j'aurai voulu vous demander justement dans un mouvement comme happo geri ou zen go comment faites vous pour couper devant et derrière sans éviter le mouvement de "balancier". Je vais essayer de m'expliquer quand vous coupez la première coupe (donc 1er suburi) avec une coupe de gauche à droite si j'en crois votre article, il vous faut obligatoirement faire "marche arrière" et "balancer" le mouvement pour venir couper à 180°.

Ceci ne peut en être autrement du fait de votre position final ou vous conservez cette position croisée (avec le talon décollé qui plus est cf votre photo zen go n°1) le jambe avant fermant l'espace de rotation, de poussée vous êtes obligé alors de revenir sur l'arrière et faire marche arrière et ne plus pouvoir conserver cette action de poussée mais vous êtes obligé de tirer (cf votre photo n°2/3 de zen go) ou l'on peut apprécier un mouvement de bascule vers l'arrière pour venir ramener votre ken au dessus de la tête.

En conservant et insistant sur le fait d'avoir cette jambe en croisant vous vous fermer l'espace avant et alors vous êtes obligé de faire ce que vous considérez comme quelque chose qui n'existe pas en Aikido: un balancier.

Une dernière chose si vous me le permettez, pourriez vous faire une vidéo de votre 1er suburi, 2ième suburi et shiho nage? Car vous comparez la coupe de shiho nage à la coupe du ken, très bien. Seulement vous comparez une position jodan qui initie le mouvement et une position finale.

Que l'on n'avance pas la jambe sur shiho nage et reparte en marche arrière pour laisser l'espace ouvert et permettre à uke de chuter en toute sécurité est une chose que l'on bloque la jambe arrière pour finir la coupe en est une autre. Alors pourriez vous démontrer lentement cette coupe de shiho nage jusqu'à la chute?

Merci pour vos éclairages à venir.

Matthieu

bonjour Philippe

ma maison est à moi , mais elle reste en travaux , donc je retourne à mes travaux pour un jour la finir merci et cordialement Serge

Bonjour Alejandro.

Merci pour votre enthousiasme et merci pour le lien.

Philippe Voarino

Bonjour Gilles.

L'Aikido, c'est effectivement un vaste ensemble de spirales qui tournent en tous sens. C'est un peu comme un labyrinthe, et il est facile de s'y perdre, même pour un pratiquant expérimenté.L'Apprenti Sorcier, ce n'est pas seulement une séquence de Walt Disney, c'est un réel danger, et Goethe l'avait bien compris. Saito aussi. Il faut des garde-fous. Alors la méthode... une méthode...rien n'est parfait de toute façon.Une personne qui sait peut éviter aux autres beaucoup d'embûches, mais elle ne peut le faire qu'à une échelle réduite. L'enseignement de masse ne peut pas être vrai.

Philippe Voarino

Philippe Voarino

bonsoir philippe,

je reste convaincu car j'en ai fait l'experience, qu'une fois les principes assimilés les embuches sautent aux yeux, ALORS que travailler les techniques inlassablement n'evite pas les erreurs surtout quand l'image a été déformé pour faciliter l'enseignement de masse!!

a chacun de choisir son garde fou en son ame et conscience.

cordialement gilles

Bonjour Matthieu.

Bien vu.La fin du Happo giri « classique » m’obligeait en effet à terminer cette coupe de dos. Ce n’était pas un problème pour ce que j’essaie de montrer, bien au contraire, puisque la dynamique de rotation que je décris est encore plus évidente en pivotant de 90° supplémentaires, et celle que je critique encore plus problématique avec cette rotation plus importante. Cependant, la vue de dos ne permettait pas d’illustrer les forces aussi bien que la vue de profil, voilà pourquoi j’ai tourné à 180°, au lieu de tourner à 270° comme on le fait effectivement de manière classique dans l’exercice happo giri.

Ceci dit, il faut garder à l’esprit que les huit directions de cet exercice demeurent des directions théoriques et sont modifiables à tout moment en fonction du placement réel de l’adversaire. Ce qui fait la spécificité du temps 3 de happo giri, c’est donc moins l’exactitude de l’angle dans lequel on coupe que le caractère unique de cette double coupe dans deux directions différentes en un même mouvement. Dans la mesure où cette caractéristique est conservée, je pense qu’il est légitime de parler de temps 3 de happo giri, même si l’angle est réduit de 90°. D'ailleurs, c'est bien ce genre de réduction qu'on opère entre le temps 4 et le temps 5 de happo giri n'est-ce pas ? A l’inverse, couper à contresens dans la deuxième partie de l’exercice le transforme en deux exercices différents, brise son unité, et empêche ainsi de parler de temps 3, il faudrait alors introduire ici un temps bis. Autrement dit, en coupant à contresens on modifie happo giri, on crée un temps supplémentaire à chaque "temps 3", et happo giri devient en réalité juippo giri...

Je vais essayer de préciser ce que j’entends par balancier.

La spirale décrite par un mouvement d’Aikido a un commencement et une fin. Prenons morote dori shiho nage par exemple, ue kara shita made. La spirale part du haut, passe par le bas, remonte juste avant la rotation à 180° redescend une fois encore dans la coupe finale : quatre stades d’un mouvement continu dans un sens unique. Si, au lieu de tourner constamment dans le même sens, on commence la rotation du bas vers le haut, et que l’on redescend du haut vers le bas en empruntant le même chemin qui a servi à monter, dans une rotation inverse, on fait ce que fait une horloge franc-comtoise. C'est-à-dire qu’on interrompt un mouvement engagé dans un sens pour repartir dans le sens contraire. Le balancier d’une horloge ne peut pas continuer sa révolution et faire un cercle complet, ça prendrait trop de place dans le salon, il est donc bien obligé de fonctionner comme il le fait. Mais le mouvement d’Aikido, lui, opère une révolution complète (ikkyo, kote gaeshi), parfois deux (shiho nage, kaiten nage). Ce qui est proscrit en Aikido, c’est de s’arrêter à mi-parcours d’un mouvement, de l’interrompre alors qu’il n’est pas terminé, pour partir à l’opposé. C’est ça le balancier. Mais quand un mouvement a été accompli dans sa totalité, quand on est parvenu au terme naturel de ce mouvement, au bout de la spirale, c’est terminé. On peut alors reprendre n’importe quelle direction et n’importe quel angle en fonction des nécessités. Quand j’ai terminé un ikkyo par exemple, je peux faire un shiho nage. Il n’y a pas de contradiction, ces deux rotations s’effectuent pourtant dans des sens opposés. Et bien quand je fais shomen uchikomi, c’est comme quand je fais ikkyo, j’ai exécuté mon mouvement du début à la fin dans le même sens, et il est terminé. Je peux alors faire un tsuki, un yokomen, ou un shomen uchikomi à 180° sans contradiction avec ce que je dis quand j’explique qu’il n’y a pas d’effet de balancier en Aikido. Mais j’ajoute maintenant pour être tout a fait précis : il n’y a pas d’effet de balancier dans le cours d’un même mouvement. L’exercice de coupe zengo n’est donc pas un balancier, c’est comme faire un ikkyo devant et ensuite un ikkyo derrière.

Au moment de la coupe et de la poussée sur la jambe arrière, l’appui de tout le corps se trouve sur la balle du pied arrière, sur l’avant du pied arrière donc. Dans une telle dynamique, le talon ne peut pas toucher le sol, il est décollé de l’épaisseur d’un papier à cigarette (ce qui fait qu’on ne s’en aperçoit pas), mais il est décollé. Si le talon repose sur le sol au moment de la poussée, il ne peut pas y avoir d’appui sur la balle du pied. Le talon ne peut pas servir de point d’appui à la poussée, et s’il est au sol, il empêche toute poussée efficace. Ce qui fait ensuite que le talon va décoller plus ou moins, c’est le maai. Si la coupe est très courte, l’espace entre le talon et le sol demeure de l’épaisseur du papier à cigarette, et on a l’impression que le pied reste à plat. Si la coupe doit atteindre un peu plus loin, le talon va décoller jusqu’au moment ou il devient nécessaire de faire ce fameux pas vers l’avant avec la jambe arrière. Cette dynamique est exactement celle que l’on trouve dans ikkyo omote. Voilà un bon exemple du concept de riai.

« Bloquer la jambe arrière », non. La jambe arrière n’est jamais bloquée, elle est au contraire disponible, elle suit librement la coupe ou la frappe si c’est nécessaire, et elle peut le faire à la fin de shiho nage comme dans le deuxième suburi. Entendons-nous bien : que la coupe soit jouée avant que la jambe arrière n’avance ne signifie pas que la jambe ne participe pas au processus de fin de coupe, sinon le mouvement serait antinaturel et caricatural, il aurait la rigidité d’un automate.

Des videos, oui bien-sûr, mais je donne aussi des stages, Matthieu, où je démontre tout cela.

bonjour philippe,

tout a fait en adéquation avec vos explications d'ailleurs il n'y a qu'a faire jyupo geri pour s'en rendre compte, je fait souvent cela et d'ailleurs c'est bien plus educatif que happo ou yonpo giri (mais c'est vrai qu'il faut bien commencer par des choses simple)

par contre je ne saisi pas la phrase "que la coupe soit jouée avant que la jambe arrière n’avance ne signifie pas que la jambe ne participe pas au processus de fin de coupe" je pensais plutot a une phrase "ce n'est pas parceque ma jambe arriere n'est pas en appui totale (le talon descendra en fonction du devellopement de la spirale) que ma coupe ne peut pas commencer !! je me souviens vous avoir fait part de cela dans les vestiaires a Hericourt en 2013.

une autre chose pour moi meme apres avoir effectué un mouvement complet sur une coupe il ne peut y avoir un balancier direct, il faut avoir en tete et surtout au corps des lemniscates continuelles.

le travail de SUNADOMARI le demontre fort bien d'ailleurs http://www.youtube.com/watch?v=m5bhANMTg70&feature=player_detailpage#t=505

cordialement gilles

bonjour , une parenthése ; tous les karatékas lorqu ils font un tsuki ( coup de poing ) niveau shodan par exemple , sont persuadés que l impact du poing doit arriver simultanément avec l avancé de la jambe arriére , c est vrai au niveau scolaire pour la forme ( l apprentisage ) mais en fait le poing etant mobilisé par la hanche ( la hanche tournera plus vite que la jambe n avancera ) d ou la frappe sera finie lorsque la jambe aura avancée complétement . cela me semble assimilable au sujet discuté plus haut . cordialement Serge

Bonjour Philippe

Je comprends bien l'aspect théorique des 8 directions d'un exercice comme happo geri. Si je vous ai fait cette remarque ce n'est pas pour rien.

Pour couper à 270° et non pas à 180° comme vous le faites vous auriez été obligé d'avancer et déplacer le pied gauche dans la coupe gyaku kesa geri pour pouvoir alors pivoter ensuite à 180° pour réaliser le temps n°3.

Ce temps alors correspondrait à shiho nage mais surtout au "principe" uchi kaiten ou le fait de continuer une action dans la même direction.

Je m'explique, soto kaiten (ici parfaitement illustré dans vos articles par l'exercice zen go) illustre parfaitement le principe de changement de direction alors qu'uchi kaiten illustre parfaitement le principe de continuité d'une action dans la "même" direction.

Or si vous pouvez gardez la jambe en arrière pour la partie soto, il n'est pas possible de garder la jambe derrière pour uchi.

Il existe un temps dans la rotation ou le corps arrive au carrefour du changement de direction soto ou de la continuité dans la même direction uchi. Une fois ce carrefour passé le corps "a fait" son choix jusqu'au prochain carrefour ou de nouveau ce choix se représentera.

Soto est bien comme vous l'indiqué un mouvement qui illustre parfaitement bien le retournement, le changement de direction, cependant ce mouvement n'est pas la fin du mouvement. Car pour aller jusqu'à la fin il faut continuer le déroulement de soto et cela se fait par uchi donc par l'avancée de tout le corps jusque là rester derrière.

Vous parlez beaucoup du 1er et 2ième suburi dans la phase de descente, cependant qu'en est il de la phase ascendante?

Pourquoi dans l'un la jambe recule (2ième) et pas dans l'autre (1er)?

La réponse est la suivante: dans le premier suburi quand le ken est en position jodan, les hanches et les épaules restent de face, alors que dans le second suburi la rotation du corps va plus loin. L'enseignement est le suivant:

Une fois qu'il y a une inversion des ceintures au niveau du plan frontal tous les membres périphériques (supérieurs et inférieurs) sont entraînés et suivent la rotation de l'axe.

Dans le premier suburi le fait de ramener simplement les ceintures pelviennes et scapulaires de face tire la jambe avant vers l'arrière et rapproche alors les deux pieds. Cependant le fait d'arrêter le mouvement de face "bloque" le recul de cette jambe avant vers l'arrière.

Ce qui est vrai dans la montée l'est également dans la descente. Au moment ou vous franchirez l'axe frontal alors la jambe arrière passera devant et la jambe passe l'axe frontal alors que la coupe n'est pas encore finalisée car ce sera l'avancée (et donc le recul de l'autre côté du corps) qui permettra la mise en place du levier de coupe.

Les bras étant liés au hanche si une hanche avance, tout le corps sera dans la même inertie vers l'avant, de même pour la partie du corps qui ira vers l'arrière, c'est là le principe irimi tenkan. C'est par ce couple de force lors du franchissement du plan frontal que la coupe aura alors le couple de force maximale.

Il n'est alors pas non plus possible d'avoir une coupe que l'on l'appelle shomen ou yokomen parfaitement droite. Pas plus que les hanches de face sans compenser par un travail "des bras".

Le fait d'avoir une rotation du corps avec une hanche qui avance et l'autre qui recul avec un lien de chacune des hanches aux épaules et donc aux bras, il existera toujours un angle aussi petit soit il dans la coupe. Et yokomen ne sera que l'augmentation de cet angle pour une rotation plus importante. Le travail linéaire fermera au maximum cet angle (qui existera malgré tout) alors que le travail circulaire augmentera ou aplatira l'angle d'autant plus que la rotation est importante.

Enfin quand dans la position jodan du 1er suburi les hanches et épaules sont de face et les jambes "réunies" comme un axe, le corps peut alors choisir de partir couper dans les deux directions sans avoir à choisir à priori (c'est là le 4ième suburi). Les chaînes musculaires croisées peuvent aussi bien fonctionner dans un sens que dans l'autre et comme ici il n'y a pas changement de direction (soto / zen go) alors il a finition / continuité de l'action donc uchi et alors avancée de la jambe pour finir l'action.

Donc la jambe qui est devant à la fin d'un suburi LINEAIRE est là car elle a suivi la coupe... Donc si la jambe droite est devant c'est car la coupe va de droite à gauche (1er suburi ET 2ième suburi).

Je sais bien que vous donnez des stages, la vidéo permet cependant de réaliser des analyse du mouvement et mettre en avant les compensations et mécanisme du corps / du mouvement. De plus je me vois mal par respect pour vous et les autres pratiquants qui auraient payés pour le stage venir débattre et entrer dans un débat qui pourrait prendre du temps car je ne lâcherai pas l'affaire, vous avez annoncé devoir convaincre, pour l'instant la biomécanique et l'analyse du mouvement va contre votre argumentaire alors si quelques échanges par écrits peuvent permettre de déblayer le travail, le débat qui pourrait avoir lieu sur le tatami alors l'objectif de ce forum sera atteint.

Matthieu

Bonjour Matthieu.

Je te remercie d’utiliser le forum pour poser les questions légitimes qui se posent devant les éléments que j’apporte depuis un certain temps. Ces éléments ne sont pas faciles à digérer pour la raison qu’ils ne touchent pas des points de détails mais modifient, en profondeur, toute une conception de l’Aikido considérée jusque là comme bien solide et bien établie. Je suis heureux que tu participes à l’éclaircissement des nombreux points qui méritent de l’être et que tu me donnes l’occasion de compléter dans une grande mesure les explications fournies dans les dossiers techniques.

Je réponds dans ton texte.

Je comprends bien l'aspect théorique des 8 directions d'un exercice comme happo geri. Si je vous ai fait cette remarque ce n'est pas pour rien. Pour couper à 270° et non pas à 180° comme vous le faites vous auriez été obligé d'avancer et déplacer le pied gauche dans la coupe gyaku kesa geri pour pouvoir alors pivoter ensuite à 180° pour réaliser le temps n°3.

Oui.

Ce temps alors correspondrait à shiho nage mais surtout au "principe" uchi kaiten ou le fait de continuer une action dans la même direction.

D’accord, mais utilisons si tu veux bien le terme adéquat : tai no henka. Tai no henka se fait aussi bien vers l’avant que vers l’arrière.

Je m'explique, soto kaiten (ici parfaitement illustré dans vos articles par l'exercice zen go) illustre parfaitement le principe de changement de direction alors qu'uchi kaiten illustre parfaitement le principe de continuité d'une action dans la "même" direction.

D’accord de nouveau, mais utilisons ici également le terme adéquat : irimi-tenkan. Soto kaiten, n’est jamais qu’une application d’irimi-tenkan. Jusque là, tu viens de poser les deux termes du principe d’action (irimi-tenkan et tai no henka), et je ne peux qu’être d’accord avec toi.

Or si vous pouvez gardez la jambe en arrière pour la partie soto, il n'est pas possible de garder la jambe derrière pour uchi.

Effectivement, elle doit suivre, c’est la définition même de tai no henka.

Il existe un temps dans la rotation ou le corps arrive au carrefour du changement de direction soto ou de la continuité dans la même direction uchi. Une fois ce carrefour passé le corps "a fait" son choix jusqu'au prochain carrefour ou de nouveau ce choix se représentera.

Je comprends et je suis d’accord, mis à part le vocabulaire. Soto kaiten et uchi kaiten (et j’entends bien que tu ne dis pas nage) ne sont pas le cœur du « principe », seuls irimi-tenkan et tai no henka sont le cœur du « principe ».

Soto est bien comme vous l'indiqué un mouvement qui illustre parfaitement bien le retournement, le changement de direction, cependant ce mouvement n'est pas la fin du mouvement. Car pour aller jusqu'à la fin il faut continuer le déroulement de soto et cela se fait par uchi donc par l'avancée de tout le corps jusque là rester derrière.

Là je ne suis plus d’accord. Je peux, par exemple, faire un kote gaeshi en utilisant tai no henka, c'est-à-dire en prenant ce pas que tu appelles « continuer le déroulement ». C’est entendu. Mais je peux aussi, selon les circonstances, faire kote gaeshi sur place en utilisant uniquement irimi-tenkan, et le mouvement sera terminé tout aussi bien là, sans avoir besoin de passer nécessairement par la case tai no henka.

Vous parlez beaucoup du 1er et 2ième suburi dans la phase de descente, cependant qu'en est il de la phase ascendante? Pourquoi dans l'un la jambe recule (2ième) et pas dans l'autre (1er)?

Pour une raison fort simple, c’est que dans le premier suburi elle est déjà reculée, il n’y a plus qu’à couper. Et si je ne reculais pas la jambe dans le deuxième suburi, je me condamnerais à refaire le premier suburi à l’infini en coupant toujours à gauche. Si je veux changer de côté et couper à droite, il faut bien intervertir les jambes.

Ce que j’observe, c’est que de la manière dont tu coupes, la jambe recule au contraire dans les deux cas : elle recule complètement dans le deuxième suburi, et elle recule à moitié dans le premier.

La réponse est la suivante: dans le premier suburi quand le ken est en position jodan, les hanches et les épaules restent de face, alors que dans le second suburi la rotation du corps va plus loin.

Je crois que la réponse est plus simple et plus symétrique : si je veux couper à droite, il faut que ma jambe droite soit derrière, si je veux couper à gauche, il faut que ma jambe gauche soit derrière.

L'enseignement est le suivant: Une fois qu'il y a une inversion des ceintures au niveau du plan frontal tous les membres périphériques (supérieurs et inférieurs) sont entraînés et suivent la rotation de l'axe.

C’est bien là ce que j’enseigne. Un axe qui tourne sur lui-même entraîne tout ce qui lui est attaché.

Dans le premier suburi le fait de ramener simplement les ceintures pelviennes et scapulaires de face tire la jambe avant vers l'arrière et rapproche alors les deux pieds. Cependant le fait d'arrêter le mouvement de face "bloque" le recul de cette jambe avant vers l'arrière.

… et arrête donc le corps un instant dans une position pieds réunis et serrés, centre de gravité élevé, avec tout l’appui du corps sur la seule jambe gauche. Ceci suffirait à proscrire une telle position sur le plan martial, et ce n’est pas ce qu’on appelle jodan no kamae.

Mais il y a plus grave : jamais en Aikido on ne doit s’ « arrêter » dans une position de face, toutes les gardes sont de profil (hanmi), toujours. Il n’y a que deux moments où l’on trouve la position de face : c’est dans le passage de la jambe avant vers l’arrière (armé du ken comme dans le suburi 2), et dans le passage de la jambe arrière vers l’avant (coupe). On peut, comme tu le fais, dire que c’est le moment de l’inversion des ceintures pelvienne et scapulaire. Mais ce moment est éphémère, et il doit être le plus court possible, et il peut avoir ce caractère parce que c’est un passage sans arrêt de l’avant vers l’arrière ou de l’arrière vers l’avant. Transformer ce passage continu en un moment d’arrêt inévitablement nécessaire à repartir en sens contraire (le fameux balancier) crée ce que l’on appelle une ouverture. C’est comme si en doublant une voiture en haut d’une côte je m’arrêtais à son niveau au lieu de la dépasser le plus vite possible.

La frappe qui suit à partir de cet arrêt pieds réunis à l’aplomb du corps, est très étrange. Dans la construction, un maçon sait bien que pour stabiliser un échafaudage de fortune par exemple, il doit planter sa jambe de force assez loin de l’ouvrage, et avec un angle assez ouvert pour permettre le transfert des charges. Il sait que plus il approche de l’échafaudage le point d’ancrage de cette jambe, plus il ferme l’angle, et que plus il ferme l’angle, moins la poussée sera efficace pour tenir le balan. En fermant l’angle à l’extrême, la jambe de force sous l’échafaudage ne sert plus à rien, sa poussée est nulle. De la même manière, si la jambe de force du sabreur est ramenée sous lui, il ne peut prendre aucun appui, ni transmettre aucune poussée vers l’avant. Comment puis-je exercer la poussée nécessaire à la coupe si mes deux jambes et mes deux pieds se trouvent sous mon ventre ?

Ce qui est vrai dans la montée l'est également dans la descente. Au moment ou vous franchirez l'axe frontal alors la jambe arrière passera devant et la jambe passe l'axe frontal alors que la coupe n'est pas encore finalisée car ce sera l'avancée (et donc le recul de l'autre côté du corps) qui permettra la mise en place du levier de coupe.

Absolument pas, Matthieu, et c’est là un point de divergence fondamental. C’est là au fond tout le débat. Un débat important parce que ce qui se joue là ce n’est pas un simple désaccord sur la manière d’exécuter un suburi. Ce qui est en jeu à cet endroit là, c'est la pratique de l'Aikido tout entier – c’est en rapport avec l’usage qui est fait de la hanche arrière – et c’est pourquoi je te demande maintenant une lecture très attentive.

Tu écris que le levier de coupe est exercé par la rotation conjointe de la hanche arrière vers l’avant et de la hanche avant vers l’arrière, et je ne peux évidemment qu’être d’accord avec cela. Tout le problème est de savoir jusqu’où :

Quand je suis en garde jodan no kamae, je suis en hanmi, mon corps parfaitement de profil (suburi 2 par exemple), ainsi que le démontre O Sensei sur une fameuse photo prise à Iwama en habit de travail. Je lance la coupe : l’axe corporel se met en rotation. Simultanément alors la hanche droite est entraînée vers l’avant et la hanche gauche vers l’arrière. La rotation de la hanche avant (gauche) vers l’arrière ouvre le pied avant en hito e mi, la rotation de la hanche arrière vers l’avant enfonce la balle du pied arrière dans le sol, c’est la poussée. La poussée est transmise à la partie supérieure du corps via les chaines musculaires jusqu’aux bras qui tiennent le ken. Ce dernier commence alors sa descente. Jusque là, je pense que nous sommes d’accord.

Cette rotation complémentaire des deux hanches atteint son paroxysme, sa puissance maximum, au moment précisément où elles se croisent, c'est-à-dire au moment où le bassin d’uchi va se trouver exactement de face, moment où la jambe arrière est en poussée maximum, juste avant que le pied ne décolle pour passer à l’avant. Ce moment où tous les paramètres de puissance maximum sont réunis est le paroxysme de l’action, le moment où le sabre doit toucher. C’est irimi. Tout ce qui va suivre à partir de là, à partir du moment où le pied se lève pour passer à l’avant, n’est plus que tai no henka.

Sur ce point, je ne te demande pas de me croire sur parole. Il y a en effet une raison biomécanique fondamentale à cela : le travail en complémentarité des deux hanches n’est possible qu’autant que les deux pieds sont au sol. En effet, quand le pied arrière (droit donc) se lève pour passer à l’avant, tout l’appui du corps se trouve transféré sur la seule jambe gauche qui est de ce fait ancrée au sol avec la hanche qu’elle supporte. A cause de cela, cette hanche avant est, à ce moment précis, dans l’incapacité totale de continuer sa rotation vers l’arrière. C’est donc à ce moment très précis la hanche arrière (droite) toute seule qui passe à l’avant, de manière linéaire. Aucune puissance issue des hanches ne peut plus être dégagée à ce moment là puisqu’il n’y a plus qu’une hanche mobile. La hanche avant (gauche) doit nécessairement attendre que l’autre moitié du corps ait terminé son parcours vers l’avant, que le pied (droit) se soit posé, pour terminer alors sa rotation vers l’arrière en récupérant la position hanmi avec le pied arrière (gauche). Aucune puissance ne peut être dégagée de cette rotation finale où la hanche gauche fonctionne également seule puisque l’appui du corps a été cette fois transféré sur la jambe droite, neutralisant ainsi désormais la hanche droite. Et de toute façon, il est trop tard, la coupe est terminée depuis longtemps.

Fort de tout cela, je voudrais maintenant revenir sur cette coupe que tu lances pieds réunis, hanches de face, car tout ce que j’en ai déjà dit jusqu’ici, bien que rédhibitoire à mon avis, n’est pas encore le plus important.

Tu m’accorderas qu’il est impossible, dans cette manière de faire le suburi 1, de prendre un appui quelconque sur le pied droit, puisqu’il fait un aller-retour (avant-arrière-avant), qui le met en déplacement constant. La coupe est donc engagée avec un appui de tout le corps sur la seule jambe gauche puisque le pied droit est lancé immédiatement vers l’avant. Mais nous avons bien vu que dans un tel contexte la jambe gauche est obligatoirement ancrée au sol puisqu’elle supporte toute seule le corps, et que la hanche gauche est par conséquent dans l’incapacité d’effectuer la moindre rotation vers l’arrière. Nous avons vu également que c’est la raison pour laquelle la hanche droite ne peut pas faire autrement que d’avancer à ce moment de manière linéaire.

Ces réalités biomécaniques font que toute coupe lancée à partir de la position pieds réunis que tu indiques ne peut être réalisée qu’avec la faible impulsion du pied gauche, qui est dans un angle de poussée nulle, et avec la faible puissance de l’avancée de la hanche droite en ligne : une telle coupe est donc effectuée sans aucune rotation du bassin. Et c’est bien normal puisque cette coupe débute au point où l’action de rotation en complémentarité des deux hanches se termine en réalité (suburi 2). Cette coupe est en vérité la fin du suburi 2, mais il lui manque toute la première partie : la poussée de la jambe droite, qui permet, grâce à l’appui arrière, de mettre en œuvre le travail antagoniste des deux hanches qui est l’origine de la puissance.

Cette façon d’« armer » la coupe en ramenant le pied droit au niveau du pied gauche pour prendre un peu d’élan, est en fait une contorsion pour réaliser le premier suburi à la manière du deuxième, contorsion qui ne peut aboutir puisqu’il y manque l’essentiel : l’énergie initiale. Cette contorsion est un pis aller pour trouver un semblant de puissance et de dynamisme au suburi 1 que chacun sent confusément bien faible et bien inefficace réalisé sans recul à partir de la hanche avant. Si tu pratiques cette contorsion, Matthieu, c’est que je l’ai enseigné ainsi, et je la connais donc bien comme tu le sais, pour l’avoir pratiquée moi-même. Et c’est une manière d’assumer cette erreur que de prendre, comme je le fais, tout le temps nécessaire à expliquer pourquoi c’est une erreur, et pourquoi la coupe du premier suburi ne peut se faire que symétriquement à celle du deuxième suburi : avec une poussée sur la jambe gauche qui lance la hanche gauche vers l’avant et la hanche droite vers l’arrière.

Les bras étant liés au hanche si une hanche avance, tout le corps sera dans la même inertie vers l'avant, de même pour la partie du corps qui ira vers l'arrière, c'est là le principe irimi tenkan. C'est par ce couple de force lors du franchissement du plan frontal que la coupe aura alors le couple de force maximale.

Bien d’accord. Le couple de force est maximal lors du franchissement de ce plan frontal, après ce moment le corps n’est plus que sur sa lancée. Et c’est précisément pour cette raison que tu ne peux pas faire le premier suburi comme tu le fais, parce que cela revient à commencer ta coupe au point où tout ce processus aurait normalement dû t’amener dans toute l’apogée de la puissance délivrée par les hanches.

Il n'est alors pas non plus possible d'avoir une coupe que l'on l'appelle shomen ou yokomen parfaitement droite. Pas plus que les hanches de face sans compenser par un travail "des bras".

Cette affirmation ne serait vrai que si l’on pouvait pousser la rotation en complémentarité des hanches au-delà du plan frontal. Il y aurait alors un effet d’angulation sur la lame du sabre, comme tu le dis ci-dessous :

Le fait d'avoir une rotation du corps avec une hanche qui avance et l'autre qui recul avec un lien de chacune des hanches aux épaules et donc aux bras, il existera toujours un angle aussi petit soit il dans la coupe. Et yokomen ne sera que l'augmentation de cet angle pour une rotation plus importante. Le travail linéaire fermera au maximum cet angle (qui existera malgré tout) alors que le travail circulaire augmentera ou aplatira l'angle d'autant plus que la rotation est importante.

Mais tout ceci n’arrive pas, pour la raison que j’ai expliquée : le travail de rotation en complémentarité des hanches s’arrête nécessairement au plan frontal, quand les deux hanches parviennent de face et que la jambe arrière décolle, figeant par là même sur place la hanche de la jambe restée d’appui (gauche). Nous avons vu que le trajet de la hanche et de la jambe arrières à partir de ce point ne peut plus s’effectuer en rotation puisque hanche et jambe avant sont bloquées en phase d’appui. Ce trajet final de la hanche arrière (droite) quand elle passe à l’avant, est par conséquent parfaitement linéaire, et autorise une coupe parfaitement droite. C’est pourquoi premier et deuxième suburi sont des shomen uchi impeccables et pas du tout des yokomen uchi.

Enfin quand dans la position jodan du 1er suburi les hanches et épaules sont de face et les jambes "réunies" comme un axe, le corps peut alors choisir de partir couper dans les deux directions sans avoir à choisir à priori (c'est là le 4ième suburi). Les chaînes musculaires croisées peuvent aussi bien fonctionner dans un sens que dans l'autre et comme ici il n'y a pas changement de direction (soto / zen go) alors il a finition / continuité de l'action donc uchi et alors avancée de la jambe pour finir l'action.

Nous avons vu pourquoi cette position est injustifiable aussi bien sur le plan biomécanique que sur le plan martial, et je ne reviens pas là-dessus.

Pour répondre à cette interprétation du suburi 4, je vais anticiper un peu sur le dossier technique qui sera publié ce week-end et qui traitera justement du 4ème suburi. Ce suburi n’est pas du tout comme un bégaiement du suburi 1exécuté à contre-pied une fois à droite, une fois à gauche. Le suburi 4 est l’assemblage des suburi 1 et 2 exécutés comme il convient : pour le 1 avec la hanche directrice gauche, pour le 2 avec la hanche directrice droite. Et c’est bien pour cela que maître Saito enseignait toujours ce suburi à Iwama sous la forme d’allers-retours d’une dizaine de frappes à chaque fois : dans cette manière de travailler le 4, la hanche directrice ne peut pas ne pas être la hanche arrière. C’est bien ainsi que l’enseignait maître Saito.

Donc la jambe qui est devant à la fin d'un suburi LINEAIRE est là car elle a suivi la coupe...

Il est certain qu’elle ne peut pas la précéder.

Donc si la jambe droite est devant c'est car la coupe va de droite à gauche (1er suburi ET 2ième suburi).

Vrai pour le suburi 2 ou la position migi hanmi correspond à la fin de la coupe, faux pour le suburi 1où la position migi hanmi correspond au début de la coupe suivante, ce qui constitue bien le quatrième suburi pratiqué tel qu’il doit l’être en allers-retours.

Je sais bien que vous donnez des stages, la vidéo permet cependant de réaliser des analyse du mouvement et mettre en avant les compensations et mécanisme du corps / du mouvement. De plus je me vois mal par respect pour vous et les autres pratiquants qui auraient payés pour le stage venir débattre et entrer dans un débat qui pourrait prendre du temps car je ne lâcherai pas l'affaire, vous avez annoncé devoir convaincre, pour l'instant la biomécanique et l'analyse du mouvement va contre votre argumentaire alors si quelques échanges par écrits peuvent permettre de déblayer le travail, le débat qui pourrait avoir lieu sur le tatami alors l'objectif de ce forum sera atteint.

Matthieu, ce que je voulais dire en rappelant que je donnais des stages, c’est qu’on ne peut pas se contenter, comme tu le sais bien, de parler ainsi à distance de la technique. Il faut se retrouver à un moment sur un tatami, lieu où toutes ces phrases, photos, vidéos, prennent enfin forme physique et vie. Autrement c’est lettre morte. Dans la mesure où ce passage par le tatami existe, tu as raison, le forum utilisé comme nous le faisons est utile. Je souhaite qu’il soit utile à ceux qui le lisent, mais il est en tout cas utile à ceux qui l’écrivent, à moi autant qu’à toi, car en croyant écrire ce que l’on sait, on découvre en même temps bien souvent ce que l’on ne savait pas.

Philippe Voarino

bonsoir à vous,

je vais me limiter à ce que je connais le karaté et kung-fu depuis 32 ans et ne plus interférer sur ce site ,malgré ce que je croyais comprendre cordialement a vous Serge

bonjour Philippe,

je peux me tromper mais je reviens a la charge avec IKKYO, Quand maitre SAITO coupe sur shomen uchi ikkyo(ou autres) c'est bien de votre façon qu'il procede ensuite la hanche arriere entre vers uke (ou plutot dans la continuité de la coupe pour moi) l'interpretation des suburis tel que SAITO les demontres en video reste sujet a caution, il avait certainement ses raisons mais qui a raison ?

tres cordialement gilles

Bonsoir Philippe

Merci de votre réponse détaillée, puis je encore me permettre quelques remarques et vous proposer d'étudier une piste alternative.

Comme je vous l'ai dit, je suis entièrement d'accord avec vous sur le fait qu'il existe un travail en chaîne croisée avec une poussée du pied arrière (principalement en Kotai mais là c'est un autre débat à chaque jour suffit sa réflexion :-) ). Cependant je voudrai vous sensibiliser au fait suivant:

  • Lorsque les ceintures scapulaires et pelvienne s'inversent au niveau du plan frontal, alors les jambes "de force" s'inversent également et si dans le 2ième suburi la jambe droite est la jambe de force au départ de l'action, la jambe gauche devient la jambe forte dès que l'inversion est entamée et cela BIEN QUE la jambe droite soit encore derrière.

Et c'est pour cela, à cause de ce transfert, de cette inversion de jambe de force qu'il n'y a pas de perte martiale dans la coupe à déplacer la jambe durant la coupe et à découvrir alors ce couple de force maximal par l'inversion IRIMI TENKAN transmise alors du bas vers le haut du corps.

Et c'est pour cela que la jambe qui est devant à la fin d'un mouvement de ken est la jambe qui était à l'arrière au début de l'action, qui a été jambe de force et qui a laissé sa place dès lors que la rotation a inversé les ceintures.

D'autre part je souhaiterai vous proposer une vision des 3 premiers suburi si vous me le permettez et vous demandez juste quelques instants de réflexion avant de balayer cette idée.

Je vais partir d'un mouvement de Jo, le suburi du ken tai jo, ce mouvement représentant l'infini au jo sur un axe horizontal (j'y reviendrai un peu plus bas cela à son importance).

Pour comprendre ce mouvement, car il est important, Saito Sensei l'a décomposé et a proposé trois exercices:

  • choku harai ou le 1er awase du ken tai jo
  • kaeshi harai ou le 2ième awase du ken tai jo
  • kaiten harai ou le 3ième awase du ken tai jo

De ces 3 premiers exercices, Saito Sensei a mis en place ce que l'on connait aujoud'hui comme les 3 premier ken tai jo.

De ces mouvements, un seul enseignement: le temps numéro deux arrive dans la continuité du temps numéro un et le temps numéro trois arrive dans la continuité du temps numéro deux et par le retournement ramène au un. En faisant cela nous avons découvert l'une des boucles du lemniscate de l'infini sur le plan horizontal.

En résumé ces trois mouvements, ne sont là que pour nous enseigner une façon de bouger avec le jo. De découvrir le mouvement infini.

Mais par tous ces exercices, si la vision cumulée nous permet de découvrir la totalité du mouvement, chacun des mouvements nous permet de prendre également conscience que le mouvement s'il peut se continuer jusqu'au temps suivant il peut également s'arrêter à chaque temps.

Je vous proposer maintenant l'étude du tai jutsu et des trois première technique que l'on appelle ikkyo, nikyo et sankyo. Je vous demanderai de faire le lien entre ces trois technique et les temps respectifs du suburi du ken tai jo.

Vous verrez alors, comme vous l'avez si bien décrit dans les kajo, que:

  • nikyo est la continuité d'ikkyo
  • sankyo est la continuité de nikyo ET le retour à "ikkyo" (je vous demanderai de ressentir le retournement du jo dans kaiten harai et le changement de main dans sankyo, dans le retournement également autour du bras d'uke).

Nous avons alors dans ces trois premières techniques découvert en tai jutsu l'une des boucles du lemniscate de l'infini sur le plan horizontal.

Vous l'avez dit vous même il y a trois axes plus un quatrième vertical, je vous propose également de vous représenter cet axe vertical non pas au centre du cercle mais sur chacun des points "d'intersection" ikkyo, nikyo, sankyo et alors nous aurons la réponse à pourquoi tantôt yonkyo se fait avec une saisie du poignet ikkyo, nikyo ou sankyo.

Il reste alors à s'interroger sur le ken...

Demandons nous d'abord pourquoi l'Aikido nous propose de pratiquer deux armes et seulement deux alors qu'O'Sensei au cours de sa vie a étudié tant d'armes.

Je vous propose cette réponse:

  • le jo représente l'axe horizontal
  • le ken l'axe vertical

Ces deux axes forment la croix qui une fois mis en rotation forme le cercle. Je ne vous apprend rien vous m'avez tout appris de la symbolique en Aikido.

Revenons juste si vous le permettez au suburi du ken.

Imaginez trois mouvements sur un axe vertical qui pourraient nous enseigner et nous faire découvrir l'une des boucles du lemniscate de l'infini.

Si nous pouvions découvrir que le 2ième suburi est la continuité du 1er, que le 3ième est la continuité du 2ième et par la même occasion le retour au un.

Alors les trois premier suburi serait alors une étude pour comprendre ce fameux mouvement continue sur l'axe vertical.

Je voudrai ici donner un indice sur l'intérêt pédagogique des awase du ken tai jo. Dans les awase le mouvement de "retour" n'a pour intérêt que celui de nous faire travailler encore et encore le temps, le chemin de ce mouvement continue (que ce soit le 1er, 2nd ou 3ième) et même si l'on peut trouver des applications martiales à chacun de ces mouvements de retour il n'est là que pour nous permettre de travailler DE NOUVEAU ce 1er temps, 2ième temps ou 3ième temps.

Imaginer qu'il en soit de même pour le ken, que ce fameux retour de premier temps au ken (le premier suburi) ne soit au final que le moyen de répéter encore et encore ce premier temps avec de passer au second. Alors nous répéterons inlassablement le second suburi avant de passer au 3ième.

Alors à la fin du 3ième nous aurons découvert la boucle du mouvement continu au ken.

Vient ensuite le 4ième suburi qui nous dit: "ce qui se fait à droite se fait à gauche", en ne montrant que le premier temps de ce mouvement continue, cela suffit à enseigner que si le premier temps existe à droite comme à gauche, le 2ième et le 3ième existe aussi et alors en réunissant les deux demi boucle nous avons crée l'infini.

Je m'arrêterai ici pour l'explication des suburi car cela sortirai du débat qui nous passionne ici.

Je vous prie d'excuser la longueur de ce mail et je vous demanderez juste de ne pas balayer cela à la première lecture et de prendre un ken, un jo, un bras et essayer de sentir ce que j'essaye tant bien que mal d'expliquer.

Merci encore de m'avoir donné la chance et les connaissances techniques pour pouvoir ne pas être d'accord avec vous, je vous le dois vous le savez et je mets ici toutes mes connaissances à l'épreuve des votres pour que l'on en sorte tous plus loin sur la voie.

A bientôt.

Matthieu

Salut Philippe, mais aussi Matthieu , puisque de ma question vous pourrez vous positionner clairement je l'espère: -en tant qu'enseignant, j'insiste sur le terme: pour toi Philippe, que dois-je enseigner à mes élèves, puisque selon toi ta recherche actuelle modifie le cœur, les fondements, principes,.... de la pratique de l'Aiki? merci de rester dans la peau d'un enseignant. -pour toi Matthieu, faut-il enseigner la méthode Saito (jusqu'au sandan ?), sans aucune déviance, pour ensuite commencer à "déconstruire" ou "reconstruire"...peu importe le terme....? merci de rester dans la peau d'un profane, débutant. Merci à vous et pour tous les humbles enseignants, pratiquants. A très bientôt sur le tapis Eric

Bonjour Matthieu, je réponds encore dans ton texte :

Merci de votre réponse détaillée, puis-je encore me permettre quelques remarques et vous proposer d'étudier une piste alternative. Comme je vous l'ai dit, je suis entièrement d'accord avec vous sur le fait qu'il existe un travail en chaîne croisée avec une poussée du pied arrière (principalement en Kotai mais là c'est un autre débat à chaque jour suffit sa réflexion :-) ). Cependant je voudrai vous sensibiliser au fait suivant: Lorsque les ceintures scapulaires et pelvienne s'inversent au niveau du plan frontal, alors les jambes "de force" s'inversent également et si dans le 2ième suburi la jambe droite est la jambe de force au départ de l'action, la jambe gauche devient la jambe forte dès que l'inversion est entamée et cela BIEN QUE la jambe droite soit encore derrière.

Pour qu’une jambe de force puisse exercer une poussée, il est indispensable qu’elle ait un angle. La jambe droite possède un tel angle au départ de l’action. Quand les ceintures pelviennes et scapulaires s’inversent au plan frontal, la jambe gauche n’a aucun angle, elle se trouve à l’aplomb du bassin, elle ne peut donc exercer une quelconque poussée. Et encore moins évidemment si la jambe droite est encore en arrière. La jambe gauche ne peut donc, dans cette situation, que supporter le poids du corps.

Et c'est pour cela, à cause de ce transfert, de cette inversion de jambe de force qu'il n'y a pas de perte martiale dans la coupe à déplacer la jambe durant la coupe et à découvrir alors ce couple de force maximal par l'inversion IRIMI TENKAN transmise alors du bas vers le haut du corps. Et c'est pour cela que la jambe qui est devant à la fin d'un mouvement de ken est la jambe qui était à l'arrière au début de l'action, qui a été jambe de force et qui a laissé sa place dès lors que la rotation a inversé les ceintures.

Je ne suis pas d’accord avec cette notion d'inversion de jambe de force, pour la raison que je viens de donner. Et je fais remarquer qu'on peut couper en avançant la jambe arrière, mais qu'on peut très bien couper aussi sans avancer la jambe arrière.

D'autre part je souhaiterai vous proposer une vision des 3 premiers suburi si vous me le permettez et vous demandez juste quelques instants de réflexion avant de balayer cette idée. Je vais partir d'un mouvement de Jo, le suburi du ken tai jo, ce mouvement représentant l'infini au jo sur un axe horizontal (j'y reviendrai un peu plus bas cela à son importance). Pour comprendre ce mouvement, car il est important, Saito Sensei l'a décomposé et a proposé trois exercices: • choku harai ou le 1er awase du ken tai jo • kaeshi harai ou le 2ième awase du ken tai jo • kaiten harai ou le 3ième awase du ken tai jo De ces 3 premiers exercices, Saito Sensei a mis en place ce que l'on connait aujoud'hui comme les 3 premier ken tai jo. De ces mouvements, un seul enseignement: le temps numéro deux arrive dans la continuité du temps numéro un et le temps numéro trois arrive dans la continuité du temps numéro deux et par le retournement ramène au un. En faisant cela nous avons découvert l'une des boucles du lemniscate de l'infini sur le plan horizontal. En résumé ces trois mouvements, ne sont là que pour nous enseigner une façon de bouger avec le jo. De découvrir le mouvement infini. Mais par tous ces exercices, si la vision cumulée nous permet de découvrir la totalité du mouvement, chacun des mouvements nous permet de prendre également conscience que le mouvement s'il peut se continuer jusqu'au temps suivant il peut également s'arrêter à chaque temps.

Parfaitement d’accord avec tout ça.

Je vous proposer maintenant l'étude du tai jutsu et des trois première technique que l'on appelle ikkyo, nikyo et sankyo. Je vous demanderai de faire le lien entre ces trois technique et les temps respectifs du suburi du ken tai jo. Vous verrez alors, comme vous l'avez si bien décrit dans les kajo, que: • nikyo est la continuité d'ikkyo • sankyo est la continuité de nikyo ET le retour à "ikkyo" (je vous demanderai de ressentir le retournement du jo dans kaiten harai et le changement de main dans sankyo, dans le retournement également autour du bras d'uke). Nous avons alors dans ces trois premières techniques découvert en tai jutsu l'une des boucles du lemniscate de l'infini sur le plan horizontal.

Je crois que je comprends le parallèle que tu établis entre choku barai, kaeshi barai, kaiten barai d’une part, et ikkyo, nikyo, sankyo d’autre part.

Vous l'avez dit vous même il y a trois axes plus un quatrième vertical, je vous propose également de vous représenter cet axe vertical non pas au centre du cercle mais sur chacun des points "d'intersection" ikkyo, nikyo, sankyo et alors nous aurons la réponse à pourquoi tantôt yonkyo se fait avec une saisie du poignet ikkyo, nikyo ou sankyo.

Là je ne suis plus sûr de bien suivre ton raisonnement, il faudrait du visuel.

Il reste alors à s'interroger sur le ken... Demandons nous d'abord pourquoi l'Aikido nous propose de pratiquer deux armes et seulement deux alors qu'O'Sensei au cours de sa vie a étudié tant d'armes. Je vous propose cette réponse: • le jo représente l'axe horizontal • le ken l'axe vertical

L’inverse est peut-être vrai aussi.

Ces deux axes forment la croix qui une fois mis en rotation forme le cercle. Je ne vous apprend rien vous m'avez tout appris de la symbolique en Aikido. Revenons juste si vous le permettez au suburi du ken. Imaginez trois mouvements sur un axe vertical qui pourraient nous enseigner et nous faire découvrir l'une des boucles du lemniscate de l'infini. Si nous pouvions découvrir que le 2ième suburi est la continuité du 1er, que le 3ième est la continuité du 2ième et par la même occasion le retour au un. Alors les trois premier suburi serait alors une étude pour comprendre ce fameux mouvement continue sur l'axe vertical.

Je crois effectivement qu’il existe une symbolique dans les suburi. Il serait trop long d’aborder cela ici, mais je donnerai quelques éléments dans Aiki ken 6.

Je voudrai ici donner un indice sur l'intérêt pédagogique des awase du ken tai jo. Dans les awase le mouvement de "retour" n'a pour intérêt que celui de nous faire travailler encore et encore le temps, le chemin de ce mouvement continue (que ce soit le 1er, 2nd ou 3ième) et même si l'on peut trouver des applications martiales à chacun de ces mouvements de retour il n'est là que pour nous permettre de travailler DE NOUVEAU ce 1er temps, 2ième temps ou 3ième temps. Imaginer qu'il en soit de même pour le ken, que ce fameux retour de premier temps au ken (le premier suburi) ne soit au final que le moyen de répéter encore et encore ce premier temps avec de passer au second. Alors nous répéterons inlassablement le second suburi avant de passer au 3ième.

Encore faut-il être bien d’accord sur la manière d’exécuter ce que l’on appelle le premier suburi.

Alors à la fin du 3ième nous aurons découvert la boucle du mouvement continu au ken. Vient ensuite le 4ième suburi qui nous dit: "ce qui se fait à droite se fait à gauche", en ne montrant que le premier temps de ce mouvement continue, cela suffit à enseigner que si le premier temps existe à droite comme à gauche, le 2ième et le 3ième existe aussi et alors en réunissant les deux demi boucle nous avons crée l'infini.

Je pense que "ce qui se fait à droite se fait à gauche" est déjà posé avec les suburi 1 et 2, et que le suburi 4 introduit, dans la symbolique comme dans la réalité, une autre dimension, mais encore une fois je réserve les explications pour Aiki ken 6.

Je m'arrêterai ici pour l'explication des suburi car cela sortirai du débat qui nous passionne ici. Je vous prie d'excuser la longueur de ce mail et je vous demanderez juste de ne pas balayer cela à la première lecture et de prendre un ken, un jo, un bras et essayer de sentir ce que j'essaye tant bien que mal d'expliquer.

C’est fait.

Merci encore de m'avoir donné la chance et les connaissances techniques pour pouvoir ne pas être d'accord avec vous, je vous le dois vous le savez et je mets ici toutes mes connaissances à l'épreuve des vôtres pour que l'on en sorte tous plus loin sur la voie.

Giordano Bruno explique qu’il y a trois mondes : dans l’archétypal on trouve l’amitié et la lutte, dans le physique le feu et l’eau, dans le mathématique la lumière et les ténèbres. La lumière et les ténèbres proviennent du feu et de l’eau, le feu et l’eau de la concorde et de la discorde. Toutes choses naissent donc du jeu de l’amitié et de la lutte. L’opposition n’est pas de l’hostilité, c’est une des formes de l’amitié en lutte pour que ce qui doit s’accomplir puisse s’accomplir.

Philippe Voarino

Bonsoir Philippe

Vous dites:

"Pour qu’une jambe de force puisse exercer une poussée, il est indispensable qu’elle ait un angle. La jambe droite possède un tel angle au départ de l’action. Quand les ceintures pelviennes et scapulaires s’inversent au plan frontal, la jambe gauche n’a aucun angle, elle se trouve à l’aplomb du bassin, elle ne peut donc exercer une quelconque poussée. Et encore moins évidemment si la jambe droite est encore en arrière. La jambe gauche ne peut donc, dans cette situation, que supporter le poids du corps."

Quand la rotation est lancée vers l'avant, la poussée de la jambe arrière lance la rotation et entraîne tout ce qui est accroché (membres périphériques supérieurs et inférieurs). Quand la rotation est engagé le pied avant s'ouvre (il suffit de voir votre pied sur toutes les photos).

L'ouverture de ce pied entraîne une rotation du genou, une ouverture de la hanche gauche et devient alors un appuis pour la hanche opposée qui a dépassé le plan frontal et qui entraîne alors la jambe pour finaliser la coupe.

Il existe alors un angle entre la jambe gauche et la hanche droite qui augmentera d'autant plus que la rotation avancera vers la fin de la coupe, ce qui conférera à la jambe gauche un appuis d'autant plus puissant que la rotation avance.

Si vous ne reconnaissez pas ce principe c'est alors reconnaître que lors de tous les mouvements UCHI tori est en danger et n'est pas puissant dans la rotation. Or il n'y a aucun problème à tourner car au moment ou la jambe arrière avance et devient la jambe avant, l'autre jambe est devenu une jambe forte permettant d'assurer la puissance durant la rotation.

D'autre part je voudrai soulever un problème qui apparaît clairement dans votre article sur le suburi n°4.

Sur la photo n°4, vous êtes en train d'avancer la jambe gauche et simultanément d'engager la montée du sabre pour la coupe suivante. Il y a ici une contradiction de mouvement entre les ceintures pelviennes et scapulaires.

Ici votre mouvement est réalisé;

  • en bas par un pas de votre jambe gauche
  • en haut par une montée des bras

Il n'est plus possible ici d'avoir une unité dans l'utilisation du corps, le problème de cette inversion poussée à outrance est que cela fini par inverser le rythme d'une des ceintures par rapport à l'autre et du coup rend impossible le travail de tout le corps comme une unité. Il y a alors dissociation des ceintures avec création d'une zone de conflit au niveau de la colonne.

Enfin vous ne parlez que de la descente, je reviens une nouvelle fois dessus mais je vous engage à considérer la montée également pourquoi vouloir n'être fort et puissant que dans la descente. Si vous respectez scrupuleusement ce que vous dites alors pour monter il vous faut également travailler en croisé.

Si en finissant le 1er suburi ou 2ième suburi avec la jambe droite qui a suivit la coupe. Cela confère à la fois la puissance pour finir la coupe mais également pour armer le ken car la poussée comme vous le dites vient de la jambe arrière donc de la jambe gauche qui laissera alors sa place pour le retour à la jambe droite qui aura reculé lors de l'inversion des ceintures scapulaires dans le plan frontal.

Ce mouvement de montée est en fait un tsuki et pour être puissant il faut que cette jambe arrière pousse pour reprendre votre idée.

Si vous n'êtes pas d'accord pour dire la montée du sabre est un tsuki, je vous propose alors le rapport avec le suburi de jo tsuki jodan gaeshi uchi. Quand ce suburi est travaillé dans sa forme continue alors la fin du tsuki est le début de la coupe. Et alors il n'y a pas de trou mais une réelle continuité d'action.

Ce qui permet également de répondre à la question: "Pourquoi n'y a t il pas de parade en Aikido?" Ce n'est pas simplement pour faire parler ou faire différemment des autres, il n'y a pas de parade en Aikido car tous les temps sont des temps d'attaque et du coup il n'y a de temps pour la parade.

Le tsuki au jo qui est un mouvement ascendant est bien réalisé en croisé. Réaliser tsuki jodan gaeshi uchi sans avancer la jambe droite est vous ne pourrez alors pas enchaîner à la fin de coupe vers la montée suivante (tsuki, hasso, ...).

Vous ne pouvez pas écrire : " Et je fais remarquer qu'on peut couper en avançant la jambe arrière, mais qu'on peut très bien couper aussi sans avancer la jambe arrière"

Quels sont alors les raisons qui font que l'on avance ou pas la jambe?

Matthieu

Bonjour Eric.

Ma recherche ne modifie pas le principe et les fondements de l’Aikido. Tout l’objet de mon travail c’est au contraire de les découvrir tels qu’ils sont vraiment, en prenant pour cela un certain recul par rapport à ce qui est généralement accepté un peu vite pour principe et fondements. Cette démarche est perturbante. Et crois-moi, elle est avant tout perturbante pour moi. J’avais comme tout un chacun des repères confortables. Ils disparaissent les uns après les autres. Bien sûr, autre chose apparaît qui n’a plus rien à voir avec les certitudes faciles de la méthode. Mais cet « autre chose », il faut en faire le tour, et ce n’est pas l’affaire d’un jour.

Ce qui doit servir de guide, c’est davantage je crois ce que l’on peut enseigner que ce que l’on doit enseigner. On ne peut enseigner que ce que l’on a compris soi-même. A partir du moment où on l’a compris vraiment, on peut l’enseigner je pense si les conditions pour cela sont réunies. Une condition importante, c’est la taille du groupe auquel on s’adresse. On peut tout faire et tout dire à un groupe d’une quinzaine d’élèves fidèles et réguliers, parce qu’on peut contrôler personnellement le développement de chacun, et rectifier au fur et à mesure ce qui doit l’être. Ce suivi personnalisé devient impossible quand la taille du groupe augmente.

Je suis arrivé à la conclusion suivante : maître Saito avait peu d’illusions sur la capacité des hommes qui étudieraient l’Aikido après O Sensei, de comprendre vraiment ce dont il s’agissait. Alors, il a utilisé une méthode pour permettre à des professeurs qui n’ont pratiquement aucune chance de comprendre, de transmettre quand même une base - qui n’est pas la vérité de l’Aikido - mais qui sert cependant à préserver la possibilité de retrouver cette vérité, fut-ce dans mille ans d’ici. Voilà ce qu’est la méthode. Elle n’est pas inutile.

Tu as vu des choses que d’autres n’ont pas vues, et c’est à toi, en ton âme et conscience, de savoir où tu te situes sur ce parcours que nous suivons tous les uns les autres. En fonction de ce que tu jugeras le meilleur pour tes élèves – et pour toi – tu peux parfaitement enseigner en t’appuyant sur la méthode, tout en étant capable, chaque fois que ce sera possible, d’ouvrir les fenêtres qui permettront à tes élèves d’entrevoir progressivement ce dont il est question derrière l’apprentissage scolaire. Ce sera ta manière. Dans ce domaine, il n’y a pas de recette, et je ne peux donc pas en donner, mais je fais le maximum pour livrer toutes les informations qui peuvent être utiles à faire les choix nécessaires.

Philippe Voarino

Bonjour Matthieu, je réponds encore une fois dans ton texte :

Vous dites:

"Pour qu’une jambe de force puisse exercer une poussée, il est indispensable qu’elle ait un angle. La jambe droite possède un tel angle au départ de l’action. Quand les ceintures pelviennes et scapulaires s’inversent au plan frontal, la jambe gauche n’a aucun angle, elle se trouve à l’aplomb du bassin, elle ne peut donc exercer une quelconque poussée. Et encore moins évidemment si la jambe droite est encore en arrière. La jambe gauche ne peut donc, dans cette situation, que supporter le poids du corps." Quand la rotation est lancée vers l'avant, la poussée de la jambe arrière lance la rotation et entraîne tout ce qui est accroché (membres périphériques supérieurs et inférieurs). Quand la rotation est engagé le pied avant s'ouvre (il suffit de voir votre pied sur toutes les photos).

Il s’ouvre grâce à la rotation initiale de la hanche gauche vers l’arrière, quand les deux pieds sont encore au sol.

L'ouverture de ce pied entraîne une rotation du genou, une ouverture de la hanche gauche et devient alors un appui pour la hanche opposée qui a dépassé le plan frontal et qui entraîne alors la jambe pour finaliser la coupe.

Ce n’est pas le pied qui permet à la hanche de s’ouvrir, c’est le contraire, c’est la rotation de la hanche vers l’arrière qui entraîne l’ouverture du pied. La rotation de la hanche est elle-même une conséquence de la rotation de l’axe.

Il existe alors un angle entre la jambe gauche et la hanche droite qui augmentera d'autant plus que la rotation avancera vers la fin de la coupe, ce qui conférera à la jambe gauche un appui d'autant plus puissant que la rotation avance.

a) -Je répète que pour pousser il faut que la jambe arrière ait un angle. Mais j’ajoute maintenant que cet angle doit exister au départ de l’action. Il ne sert à rien que cet angle soit à l’arrivée. Or, dans la situation que tu décris, cet angle n’atteindrait le degré qui le rendrait éventuellement utilisable qu’à la fin de l’action, après la bataille.

b) -Au passage du plan frontal, l’action est terminée à 90%. Il faut garder à l’esprit que nous sommes là dans des temps de l’ordre du dixième de seconde : dans le temps où la jambe arrière traverse le plan frontal, le sabre, lui, traverse l’adversaire. La coupe est terminée. Et la jambe gauche ne fait que suivre cette locomotive qu’est la partie droite du corps lancée par la rotation des deux hanches en synergie…quand les deux pieds étaient encore au sol.

c) -Allons un instant dans ton sens et imaginons que la hanche gauche puisse donner par une rotation vers l’arrière une impulsion finale à la coupe. Tu m’accorderas que cela n’est pas possible tant que le pied droit ne s’est pas posé, à cause du problème des appuis. Or nous savons toi et moi qu’au moment où le pied se pose, la coupe est complètement terminée. Quelle impulsion finale pourrait donc donner la hanche gauche à une coupe déjà terminée ?

d) -Mais il y a une objection peut-être plus fondamentale encore. Si la coupe est effectuée de la manière que j’indique, la hanche droite terminant en ligne, sur son élan, après le passage du plan frontal, permet une coupe parfaitement verticale. Dans la manière que tu indiques en revanche – à supposer que l’on rejette les objections a), b), c) que j’ai faites jusqu’ici – il reste encore cette incohérence majeure : la rotation de la hanche gauche vers l’arrière droit entraîne nécessairement une rotation de la hanche droite vers l’avant gauche, en vertu de ce principe d’irimi-tenkan (rotation des hanches en complémentarité) que tu invoques. Et cette rotation infléchit nécessairement la lame du sabre vers la gauche, transformant inévitablement le shomen en yokomen. Or shomen uchi komi, par postulat, et par les rappels constants de maître Saito, ne peut être qu’une verticale parfaite. Ce conflit est impossible à résoudre.

Si vous ne reconnaissez pas ce principe c'est alors reconnaître que lors de tous les mouvements UCHI tori est en danger et n'est pas puissant dans la rotation. Or il n'y a aucun problème à tourner car au moment ou la jambe arrière avance et devient la jambe avant, l'autre jambe est devenu une jambe forte permettant d'assurer la puissance durant la rotation.

Uchi frappe à partir de la jambe arrière, toujours. C’est irimi, ou irimi-tenkan selon les cas. C’est là seulement qu’il est fort. Dès qu’il lève un pied pour avancer ou reculer, c’est tai no henka : il devient mobile, mais il n’a plus de force. La force s’exerce quand les deux pieds sont au sol, pas dans le déplacement.

D'autre part je voudrai soulever un problème qui apparaît clairement dans votre article sur le suburi n°4. Sur la photo n°4, vous êtes en train d'avancer la jambe gauche et simultanément d'engager la montée du sabre pour la coupe suivante. Il y a ici une contradiction de mouvement entre les ceintures pelviennes et scapulaires. Ici votre mouvement est réalisé; - en bas par un pas de votre jambe gauche - en haut par une montée des bras Il n'est plus possible ici d'avoir une unité dans l'utilisation du corps, le problème de cette inversion poussée à outrance est que cela fini par inverser le rythme d'une des ceintures par rapport à l'autre et du coup rend impossible le travail de tout le corps comme une unité. Il y a alors dissociation des ceintures avec création d'une zone de conflit au niveau de la colonne.

La photo 4 est l’amorce de la rotation qui va suivre et qui va lancer la hanche arrière vers l’avant et la hanche avant vers l’arrière en ouvrant le pied avant comme sur la photo 5. Car ce n’est pas la rotation des hanches qui monte le ken, c’est l’amorce de cette rotation par celle presque imperceptible de la colonne vertébrale sur elle-même, en liaison avec l’inspir, avec le souffle. Cette rotation n’est que l’amorce de la rotation de grande amplitude qui va suivre immédiatement après dans la coupe. A ce stade, les ceintures pelviennes ou scapulaires, ne sont pas encore sollicitées à proprement parler. Si les hanches montaient le ken avec une rotation de même amplitude pour la montée que pour la descente il y aurait deux conséquences impossibles pour le mouvement d’Aikido :

1 - Le ken ne pourrait pas monter aussi impeccablement droit qu’il descend impeccablement droit, pour les mêmes raisons que je viens d’évoquer dans la descente. Car c’est aussi un postulat, et un enseignement de maître Saito : le ken ne doit pas seulement descendre droit, il doit également monter dans une ligne parfaitement verticale.

2 – Mais surtout, une telle dynamique porterait la hanche arrière au maximum de sa rotation vers l’avant, et bien-sûr la hanche avant au maximum de sa rotation vers l’arrière : les deux hanches seraient sur le plan frontal. C'est-à-dire qu’il faudrait faire, pour monter le ken, le travail qui est normalement destiné à le descendre. Il ne resterait plus aucune rotation possible alors pour la descente, les hanches étant parvenues au terme de leur course. C’est pourquoi O Sensei a laissé cet enseignement fondamental : au départ de la coupe qu’est la garde jodan, le corps doit être parfaitement de profil, la hanche arrière doit être effacée vers l’arrière, parce que cette position est celle qui offre aux hanches la course maximum nécessaire à leur rotation dans la frappe.

Enfin vous ne parlez que de la descente, je reviens une nouvelle fois dessus mais je vous engage à considérer la montée également pourquoi vouloir n'être fort et puissant que dans la descente. Si vous respectez scrupuleusement ce que vous dites alors pour monter il vous faut également travailler en croisé.

Non, je n’ai pas besoin d’être fort pour monter. Pour monter je dois au-contraire être léger comme l’air, puisque c’est le souffle qui monte essentiellement le ken le long de l’axe vertical. Les chaînes musculaires n’interviennent pas plus dans tout cela que pour porter un parapluie au-dessus de la tête. Et la descente du ken sera d’autant plus puissante que la montée aura été souple et légère : c’est une loi du Tao.

Si en finissant le 1er suburi ou 2ième suburi avec la jambe droite qui a suivit la coupe. Cela confère à la fois la puissance pour finir la coupe mais également pour armer le ken car la poussée comme vous le dites vient de la jambe arrière donc de la jambe gauche qui laissera alors sa place pour le retour à la jambe droite qui aura reculé lors de l'inversion des ceintures scapulaires dans le plan frontal. Ce mouvement de montée est en fait un tsuki et pour être puissant il faut que cette jambe arrière pousse pour reprendre votre idée.

Non, la jambe arrière pousse si je fais vraiment tsuki. Mais tsuki ici est une action vers l’avant, et la montée du ken est une action vers l’arrière, je ne peux donc pas accomplir en même temps ces deux actions. C’est l’une ou l’autre.

Si vous n'êtes pas d'accord pour dire la montée du sabre est un tsuki, je vous propose alors le rapport avec le suburi de jo tsuki jodan gaeshi uchi. Quand ce suburi est travaillé dans sa forme continue alors la fin du tsuki est le début de la coupe. Et alors il n'y a pas de trou mais une réelle continuité d'action.

Si je fais véritablement un tsuki avec la lance, alors, ou bien je suis mort parce que mon adversaire a trouvé mon ouverture, ou bien ma lame transperce mon adversaire, et je dois alors nécessairement revenir en arrière pour la retirer de son corps, d’où le travail jodan gaeshi qui suit, et qui est proposé dans le suburi. Aucune forme continue de tsuki jodan gaeshi ne peut dispenser de cette nécessité.

Ce qui permet également de répondre à la question: "Pourquoi n'y a t il pas de parade en Aikido?" Ce n'est pas simplement pour faire parler ou faire différemment des autres, il n'y a pas de parade en Aikido car tous les temps sont des temps d'attaque et du coup il n'y a de temps pour la parade.

Il n’y a effectivement pas de parade en Aikido, mais il y a des temps nécessaires à armer qui ne peuvent pas être assimilés à tes temps d’attaque. Le yang n'existe pas tout seul, et tout expir demande un inspir.

Le tsuki au jo qui est un mouvement ascendant est bien réalisé en croisé. Réaliser tsuki jodan gaeshi uchi sans avancer la jambe droite est vous ne pourrez alors pas enchaîner à la fin de coupe vers la montée suivante (tsuki, hasso, ...).

Tout mouvement d’Aikido a pour origine la hanche arrière (ce que tu appelles croisé). Mais le mouvement que tu indiques en avançant la jambe arrière est possible uniquement si tu utilises la lance pour couper gyaku yokomen, et je suis alors d’accord avec toi. En revanche, si tu utilises la lance pour faire un tsuki, ce pas vers l’avant avec la jambe droite n’est pas possible.

Vous ne pouvez pas écrire : " Et je fais remarquer qu'on peut couper en avançant la jambe arrière, mais qu'on peut très bien couper aussi sans avancer la jambe arrière" Quels sont alors les raisons qui font que l'on avance ou pas la jambe?

Deux raisons au moins :

1 - La nature du mouvement, ainsi que je viens de l’expliquer pour tsuki et gyaku yokomen.

2 - La distance. Le maai peut être si court qu’il ne me permette pas de faire un pas en avant après ma coupe (je peux même être amené à reculer la jambe avant). Mais il peut être long également, au point de m’obliger presque à sauter pour atteindre (quand le ken fait face au Yari ou au Naginata par exemple).

Philippe Voarino

Bonsoir Philippe et à tous ,

ci-joint une vidéo assez "cqfd" que c'est bien la hanche arrière qui débute et dispose de toute la puissance pour couper (moment de la coupe, frappe: hanches de face), en Batto-do , tout comme en Aiki, il n'y a pas d'autre façon de couper, toucher avec réalisme....admirez au passage la première coupe, qui démontre une des directions extérieures non encore en ligne...https://www.youtube.com/watch?v=udyhpBqENeU Bien à vous Eric

Qu’est-ce que l’Aikido Traditionnel ?


L’Aikido n’est pas un sport, c’est un art martial dont les lois (takemusu) sont en harmonie avec les lois de l’univers. L’étude de ces lois permet à l’homme de comprendre sa place dans le monde. L’Aikido est né à Iwama, O Sensei a réalisé dans ce village la synthèse entre tai jutsu, aiki ken et aiki jo.

Où pratiquer l’Aikido Traditionnel ?


La Fédération Internationale d’Aikido Takemusu (ITAF) apporte au pratiquant la structure dont il a besoin pour travailler au plus près de la réalité définie par O Sensei Morihei Ueshiba. Ses représentations nationales officielles garantissent un enseignement fidèle à celui légué par le Fondateur.

Les armes de l’Aikido, l’aiki ken et l’aiki jo


Dans l’Aikido moderne les armes sont peu enseignées, voire pas du tout. Dans l’Aikido d’O Sensei au contraire, l’aiki ken, l’aiki jo et le tai jutsu sont unis par des liens tels qu’ils forment ensemble un riai, une famille de techniques harmonieuses issues d’un principe unique. Chaque technique aide à comprendre toutes les autres.

Aikido art martial ou art de paix ?


La paix est un équilibre de l’être humain avec le monde qui l’entoure. L’objectif de l’art martial véritable n’est pas de devenir plus fort que son adversaire, mais de trouver dans l’adversaire un moyen de réaliser l’harmonie, l’ennemi n’existe plus alors comme tel mais comme celui qui offre l’occasion de parvenir au ki unifié.

http://www.aikidotakemusu.org/fr/articles/aiki-ken-3-suburi-1-2eme-partie?language=en
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