Aiki ken #4 – Suburi 4

― Le suburi 1 après le 2, le 4 après le 1… Pévé a appris à compter à l’école méli-mélo !

Nous verrons bien-sûr le suburi 3 en son temps, et nous verrons pourquoi il est parfaitement à sa place en troisième position.
Mais pourquoi alors placer le suburi 4 après les suburi 1 et 2 ?
Et bien pour la raison que le suburi 4 est l’assemblage des suburi 1 et 2, le suburi 4 c’est le suburi 1 et le suburi 2 mis bout à bout (4 = 1 + 2).

La première partie du mouvement, c’est le suburi n°1, mais attention, le suburi n°1 exécuté de la manière que nous avons expliquée dans Aiki ken #2, c'est-à-dire exécuté de la seule manière conforme aux exigences du principe du mouvement : avec pour hanche directrice la hanche arrière, et pas la hanche avant :

Certains diront peut-être que la jambe arrière n’est pas censée avancer dans le premier suburi, et qu’il ne s’agit donc pas là du suburi 1. Mais nous avons déjà répondu à cette objection (Aiki ken #1 et Aiki ken #2) en montrant qu’il était indifférent que la jambe avance ou n’avance pas dans les suburi 1 et 2 pour les qualifier en tant que tels.

Et nous répétons ici que cette avancée de la jambe arrière dans les suburi 1 et 2 est un phénomène secondaire, qui peut se produire ou pas selon les cas, qui aura évidemment une conséquence sur les positions par le fait que le corps se déplace ou pas dans l’espace, mais qui ne modifie pas l’essence du suburi.

S’il faut encore un témoignage de cela, voici une photo d’O Sensei coupant le jeune Nobuyoshi Tamura avec le deuxième suburi. La hanche directrice est correctement la hanche arrière, mais la jambe arrière n’avance pourtant pas. C’est simplement que le maai ne nécessite pas de faire un pas en avant pour que la cible soit atteinte :

Que la partie arrière du corps n’avance pas en fin de suburi 2, ou bien qu’elle avance en fin de suburi 1, n’est donc absolument pas un problème pour l’exécution des suburi 1 et 2, et confirme au contraire la symétrie parfaite de ces suburi telle qu’elle a été mise en lumière dans Aiki ken #1 et Aiki ken #2. Et d’ailleurs, c’est bien ainsi que l’enseignait maître Saito :

A Iwama, les armes étaient systématiquement enseignées à l’extérieur, et au fil des années j’ai parcouru des kilomètres, été comme hiver, sous l’œil sévère de maître Saito, en pratiquant le quatrième suburi devant l’Aiki jinja.

En effet, à la différence des suburi 1 et 2 qui s’exécutent sur place (on reprend à chaque fois la position pour recommencer l’exercice), le quatrième suburi alterne les coupes gauche/droite de ces suburi en un enchaînement qui se répète aussi loin que permet le terrain d’entraînement. Ces allers-retours introduisent une dimension nouvelle – la profondeur – qui n’existe pas dans les suburi 1 et 2, et qui est rendue possible seulement par la combinaison de ces deux suburi en un enchaînement qui prend alors le nom de suburi 4, réalisé grâce à l’avancée de la jambe arrière aussi bien dans le suburi 1 que dans le suburi 2.

Cet exercice est donc une répétition de coupes à gauche et à droite, où la hanche arrière est à chaque fois la hanche directrice. Je ne crois pas que mes camarades d’Iwama me contrediront puisque c’est bien ainsi que l’enseignait maître Saito, que c’est ainsi qu’ils l’enseignent eux-mêmes, et que je n’apporte ici aucune originalité.

Mais alors je pose la question suivante : puisque il est avéré, enseigné par maître Saito, et accepté par tous que, dans ces répétitions, la coupe à gauche comme à droite se fait à chaque fois à partir de la hanche arrière, aussi loin que s’étend le terrain d’entraînement, quel sens y a-t-il à exécuter cette même coupe, au premier temps – et au premier temps seulement – à partir de la hanche avant ? Quel sens y a-t-il à exécuter le premier suburi à partir de la hanche avant sur le premier temps, alors qu’il sera ensuite à chaque fois exécuté à partir de la hanche arrière ?

Il n’y en a aucun bien-sûr, et c’est physiologiquement impossible, comme cela a été démontré dans Aiki ken #1 et Aiki ken #2. Mais nous sommes tranquilles puisque nous savons désormais pourquoi maître Saito l’enseignait ainsi (cf. Aiki ken #3). Et voilà pourquoi, si nous commençons comme maître Saito le suburi quatre en faisant le suburi 1, nous le faisons avec la logique vraie de ce premier suburi (photos 1, 2, 3), c'est-à-dire en frappant avec la hanche arrière et non pas avec la hanche avant.

La deuxième partie du suburi quatre, c’est évidemment le deuxième suburi. Tout le monde voit cela et personne ne le conteste. Il ne semble donc pas utile d’entrer ici dans le détail de ce suburi qui a été longuement expliqué dans Aiki ken #1, et je renvoie à la lecture du cahier technique en question.

Le quatrième suburi est donc bien la combinaison des suburi 1 et 2, qui mettent shomen uchi komi en situation, une fois à gauche et une fois à droite. Revenons alors sur ce point fondamental de shomen uchikomi, déjà évoqué dans Aiki ken #1 et Aiki ken #2, mais sur lequel on n’insistera jamais suffisamment : que se passe-t-il exactement dans le moment fulgurant de la coupe shomen?

C’est le moment parfait où la rotation complémentaire des deux hanches atteint son apogée, sa puissance maximum, le moment précis où les deux hanches se croisent, c'est-à-dire le moment où le bassin d’uchi se trouve exactement de face, moment où la jambe arrière a fini de délivrer toute la poussée dont elle était capable, et où le pied, devenu inutile à l’arrière, décolle pour passer à l’avant. Ce moment où tous les paramètres de puissance maximum sont réunis est le paroxysme de l’action, le moment où le sabre doit toucher. C’est irimi.

On voit avec une netteté particulière ici qu’au moment où la coupe s’abat, la hanche directrice arrière (droite) est arrivée au terme de sa rotation vers l’avant. Elle va encore avancer bien-sûr à partir de ce point, mais seulement de manière linéaire désormais. Il y a une raison biomécanique fondamentale à cela : le travail de rotation en complémentarité des deux hanches n’est possible qu’autant que les deux pieds sont au sol.

En effet, dès que le pied arrière décolle, 100 % de l’appui du corps se trouve par force transféré sur la seule jambe gauche, qui est de ce fait ancrée au sol avec la hanche qu’elle supporte. A cause de cela, cette hanche avant est, à ce moment précis, figée dans l’incapacité totale de continuer sa rotation vers l’arrière. C’est pourquoi la hanche arrière (droite) passe à l’avant seule, sans participation de la hanche gauche. Elle poursuit sa course tout droit, comme sur un rail, entraînée par l’élan né de l’énergie initialement fournie par la rotation des deux hanches. C’est tai no henka.

Et voila pourquoi la coupe shomen peut et doit être parfaitement droite. Je rappelle sur ce point les instructions de maître Saito :

Il est important que le sabre soit monté au dessus de la tête et descendu en une ligne parfaitement verticale (…) - Traditional Aikido, vol. 1 p 24.

Quand uchi tachi atteint le point illustré sur la photo, il n’est plus que sur sa lancée. Aucune puissance issue de la rotation des hanches ne peut plus être dégagée puisqu’il n’y a plus qu’une seule hanche mobile. Le moteur rotatif est coupé. La hanche gauche, immobilisée, doit nécessairement attendre que l’autre moitié du corps ait terminé son parcours vers l’avant, que le pied (droit) se soit posé, pour terminer alors sa rotation vers l’arrière en récupérant la position hanmi avec le pied arrière (gauche). Mais aucune puissance ne peut non plus être dégagée de cette rotation finale, puisque la hanche gauche y fonctionne également seule, l’appui du corps ayant été alors transféré sur la jambe droite, figeant et neutralisant ainsi cette fois la hanche droite. Et de toute façon, il est trop tard, la coupe est à ce moment terminée depuis longtemps.

Si l’on observe qu’au moment où est prise cette photo, O Sensei est déjà sorti de la ligne d’attaque, on comprend que le ken est sur le point de toucher et que l’impact théorique est imminent. Or, jambe et pied arrière d’uchi tachi sont encore très nettement en arrière. Ceci montre clairement que jambe et pied arrières arrivent après la frappe, ne doivent en aucun cas arriver en même temps qu’elle, et encore moins la précéder.

Vérifions maintenant que cette manière d’attaquer shomen uchikomi n’est pas une déviation ou une invention de maître Saito, mais que c’est bien la manière et l’enseignement d’O Sensei lui- même. Vérifions que la jambe arrière du Fondateur arrive systématiquement après la frappe (cf. aussi sur ce point Aiki ken #1) :

« Honi soit qui mal y pense »… comme disent nos amis Anglais. Afin de voir combien il est dangereux de s’écarter du principe du mouvement, comparons maintenant l’attaque correcte de Morihiro Saito avec une forme d’attaque qui, au contraire, ne respecte pas la synchronisation des différentes parties du corps dans la coupe:

On me reprochera certainement cette comparaison, mais ceci devait tout de même être montré à ceux qui ont des yeux pour voir.

Je voudrais terminer ce dossier en revenant un instant sur la position de coupe d’O Sensei, afin d’apporter un complément d’information que je crois utile :

Nous avons vu que les deux hanches et les deux épaules du Fondateur sont de face au moment de la frappe. Nous avons vu que le mouvement final de la hanche directrice vers l’avant à partir de ce point ne peut plus être qu’une avancée linéaire. Et c’est pour cela que le ken peut s’abattre sans le plus petit angle, en un shomen uchikomi parfaitement vertical.

Imaginons une seconde que la coupe soit exécutée à contresens, comme c’est le cas quand on frappe à partir de la hanche avant. Le corps se positionnerait nécessairement de profil, et il serait alors tout à fait impossible d’empêcher l’angulation de la lame du sabre, qui est normale dans un tel contexte biomécanique. Il serait donc impossible de faire un shomen uchikomi parfaitement vertical. Le shomen se transformerait obligatoirement en yokomen, quelle que soit le talent et la bonne volonté du sabreur.

Et je voudrais dire ici à tous ceux qui ne sont pas satisfaits par leur coupe shomen, à tous ceux qui cherchent mais ne voient pas comment on peut couper droit avec un corps de profil, qu’il est bien naturel qu’ils n’y parviennent pas … parce que ce n’est pas possible. La coupe à partir de la hanche avant oblige le corps à se positionner de profil, empêchant irrémédiablement la lame d’être verticale. O Sensei coupait à partir de la hanche arrière.

La position de profil existe bien en Aikido, mais elle est réservée à la garde, elle ne s’applique pas à la coupe:

Et maître Saito a indiqué cela de manière on ne peut plus claire dans son livre (Traditional Aikido, vol. 1 p 49) :

La photo 1 montre la garde fondamentale du sabre (de profil), chudan no kamae.

La photo 2 montre la phase finale de la coupe (de face).

En éclaircissant ce point, j’espère avoir enlevé une épine du pied à beaucoup de pratiquants.

Philippe Voarino, février 2014.

Qu’est-ce que l’Aikido Traditionnel ?


L’Aikido n’est pas un sport, c’est un art martial dont les lois (takemusu) sont en harmonie avec les lois de l’univers. L’étude de ces lois permet à l’homme de comprendre sa place dans le monde. L’Aikido est né à Iwama, O Sensei a réalisé dans ce village la synthèse entre tai jutsu, aiki ken et aiki jo.

Où pratiquer l’Aikido Traditionnel ?


La Fédération Internationale d’Aikido Takemusu (ITAF) apporte au pratiquant la structure dont il a besoin pour travailler au plus près de la réalité définie par O Sensei Morihei Ueshiba. Ses représentations nationales officielles garantissent un enseignement fidèle à celui légué par le Fondateur.

Les armes de l’Aikido, l’aiki ken et l’aiki jo


Dans l’Aikido moderne les armes sont peu enseignées, voire pas du tout. Dans l’Aikido d’O Sensei au contraire, l’aiki ken, l’aiki jo et le tai jutsu sont unis par des liens tels qu’ils forment ensemble un riai, une famille de techniques harmonieuses issues d’un principe unique. Chaque technique aide à comprendre toutes les autres.

Aikido art martial ou art de paix ?


La paix est un équilibre de l’être humain avec le monde qui l’entoure. L’objectif de l’art martial véritable n’est pas de devenir plus fort que son adversaire, mais de trouver dans l’adversaire un moyen de réaliser l’harmonie, l’ennemi n’existe plus alors comme tel mais comme celui qui offre l’occasion de parvenir au ki unifié.

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