Au-delà de la méthode #54

Tachi dori #3 : raison d’un changement de main incompréhensible

Cet exercice de tachi dori, tel qu’il est pratiqué dans le cadre de la méthode, exige que tori change ses mains sur la poignée du sabre (tsuka) juste avant la projection, ainsi que cela est montré dans la première partie de la vidéo.

Ce changement de main est tout à fait incompréhensible, car il ne confère pas davantage de puissance à tori, c’est le contraire : il l’oblige à frapper avec le tranchant de la main droite déjà avancée, et donc sans utilisation des hanches puisque la hanche droite est elle aussi déjà avancée et n’a aucune course possible.

La frappe et la projection auraient en réalité beaucoup plus de puissance et d’efficacité si tori frappait sans changer ses mains (avec sa main gauche donc), et à partir de sa hanche arrière (gauche) qui, elle, est armée et capable de délivrer une puissance analogue à celle du second suburi de ken (cette possibilité est démontrée dans la vidéo).

Pourquoi donc annuler cette possibilité en changeant les mains ?

La réponse à cette question se trouve comme toujours dans le passage du travail en ligne avec un adversaire unique, au travail dans le cercle avec plusieurs adversaires.

Ainsi qu’il est montré dans la deuxième partie de la vidéo, tori doit entrer dans le quartier avant droit du cercle. Il réalise cet irimi par la spirale d’O Sensei, rotation qui inverse évidemment ses hanches et place cette fois à l’arrière sa hanche droite.

La projection véritable s’effectue donc vers l’adversaire qui était à droite de tori au départ de l’action, et elle s’effectue par une rotation de la hanche arrière (droite) vers l’avant, et donc nécessairement par une frappe de la main droite.

Voilà pourquoi il faut changer les mains. En plus d’être logique, le changement de main est dans ce cas parfaitement naturel et synchronisé avec le temps de rotation, alors qu’il était tout à fait artificiel dans l’exercice linéaire de la méthode.

Cependant, on comprend désormais que le changement de main, bien qu’il fût artificiel dans la méthode, devait néanmoins y être préservé de manière impérative. C’est en effet une indication fondamentale et absolument nécessaire pour que l’élève puisse un jour – à partir de bases fidèles patiemment acquises – retrouver le travail authentique. Il s’agit là des fameux petits cailloux disposés par maître Saito sur le long chemin de son enseignement, afin de permettre au pratiquant de quitter un jour le lit douillet de la méthode qu’il a créée, et de s’aventurer dans la réalité de l’Aikido d’O Sensei Morihei Ueshiba.

Morihiro Saito était pleinement conscient de l’enjeu du travail qu’il accomplissait ainsi avec une précision de fourmi. Il était conscient aussi de sa responsabilité dans l’établissement des ponts techniques qui permettraient de conserver l’accès au travail original d’O Sensei, au cœur même de la nécessaire mise en place d’une pédagogie des bases. Pour sa fidélité à l’art authentique d’O Sensei dans l’établissement d’une méthode nécessairement réductrice, et pour avoir su préserver le fil rouge qui sert de guide et conduit de l’une à l’autre, Morihiro Saito ne sera jamais assez remercié.

Philippe Voarino, décembre 2016.

Commentaires

Philippe ,en karaté il y a les kions katas ,qui sont l application "martiale" des katas .d apres vous pourquoi Maitre Saito n a pas fait l équivalent au sein de son enseignement . cdt Srg

Très cher Philippe,

le principe irimi-tenkan (ou tai sabaki comme l'appelaient les anciens: Mochizuki senseï, père et fils, Abe senseï, Toheî ou Saîto senseî s) est bien le moteur de l'Aîki....dans le sens martial , donc en rotation avec les angles corrects, ( pas une ligne en entrée pour ensuite en faire un cercle, parfaitement d'accord....), tout est en cercle comme une toupie en mouvement ou un compas qui bouge de son axe de rotation ( il ne reste pas sur place comme en disent certains de tes anciens élèves.....)....je suis plus que d'accord....

mais il est aussi indéniable qu'on ne peut arrêter ce mouvement ( hormis pour des questions pédagogiques, faire des photos, arrêts sur image pour l'enseignement....)....le plus à apporter dans les vidéos serait de montrer le mouvement en UN et avec TOUS, sans discontinuité, aussi de temps en temps, là peut-être il n'y aurait plus ces artifices de changement de mains bien compliqués comme dans ce mouvement que tu démontres, difficile de le faire en mouvement réel continu, si la seule attaque est réelle ....pas besoin véritable de ce changement de main....idem avec le Jo du côté gauche....l'adversaire est vite désarmé et hors d'état de nuire....avant même l'attaque....

profonds respects pour tous tes apports....

Eric

bonjour - sur ces videos de SAITO SHIHAN et SAITO Fils on voit que la hanche droite a bien une avancée possible et n'est pas en bout de course puisque le pied arriere gauche a suivi l'entrée du pied avant -https://www.youtube.com/watch?v=ZAqL3SC-lGw https://www.youtube.com/watch?v=UZ8kkKKkZwM je pense donc que chacun est libre de choisir - perso je prefere la realisation de SAITO SHIHAN . désolé .

Bonjour phillipe ( Sensei)- apres avoir regardé videos de SAITO SHIHAN ainsi que de son fils hitohira qui pratique la technique "originelle" comme son pere j'ai pu constaté que la jambe arriere suit l'avancée de la hanche avant droite et permet donc de ce fait une projection en avançant a nouveau la hanche droite par poussée de la jambe arriere gauche . c'est peut etre pour cela que SAITO pere et fils ne rentrent pas avec avancée de la hanche arriere gauche. mais bon peu importe puisque comme le disait SAITO SHIHAN a chacun de trouver d'autres formes.. salutations -

Bonjour Serge.

La précision technique rigoureuse exigée dans la méthode de maître Saito peut faire penser que l'on se trouve là en présence de katas. Mais l'idée qu'il est possible de créer un moule des techniques, est un peu étrangère à l'Aikido. Kotai ne peut pas vraiment être assimilé aux katas.

Quand on quitte le travail en ligne en kotai pour le travail dans le cercle en jutai, la dynamique du mouvement devient un élément déterminant. Or il n'est pas possible de faire entrer une dynamique dans un moule, elle aura toujours tendance à déborder un peu des contours de ce moule, si je peux m'exprimer ainsi.

Voilà une des raisons pour lesquelles le travail véritable n'a pas été enseigné.

Une autre raison, plus fondamentale peut-être, c'est que la vérité ne s'enseigne pas, elle se découvre. Maître Saito ne pouvait donc pas enseigner la vérité. Il ne pouvait que créer les meilleures conditions possibles pour que ses élèves découvrent par eux-même cette vérité. C'est l'objet de la méthode.

Philippe Voarino

Bonjour Eric.

Le changement de mains dans ce mouvement de tachi dori est tout à fait indispensable dans la réalité, faute de quoi tori se retrouve à contre-pied ou contre-hanche, comme tu veux. Et c'est précisément parce qu'il est indispensable dans la réalité que maître Saito l'a conservé dans sa méthode, alors qu'il n'est pas du tout indispensable là justement.

Philippe Voarino

Bonjour Patrick.

Je te remercie pour les vidéos. Vois-tu, j'ai pratiqué cette technique des dizaines de fois à Iwama avec Saito père, pour laquelle je lui ai même servi d'uke. Quant à son fils Hito Hiro, mon camarade d'entraînement je peux dire, j'ai aussi pratiqué cette technique avec lui : il me faisait tomber deux fois, et je le faisais tomber deux fois, le tout sous la direction de son père. Tout se faisait exactement comme sur la vidéo, et c'est bien normal puisque à Iwama l'entraînement ne sortait jamais du cadre de la méthode.

Mon propos, Patrick, n'est pas de dire qu'une manière vaut mieux que l'autre, que l'on peut trouver des formes nouvelles, ou encore que toutes les formes se valent. Mon propos c'est exactement le contraire, c'est d'expliquer (avec des arguments) qu'il n'existe qu'une seule manière authentique, rationnelle, et donc possible d'exécuter chaque technique d'Aikido dans la vérité du mouvement. La pédagogie de la méthode est très utile évidemment, mais elle obéit à des nécessités qui ne sont pas en prise directe avec le mouvement véritable, des nécessités qui sont en rapport avec la préparation de l'esprit et du corps à la pratique de l'Aikido.

Dans ce tachi dori il est incontestable que l'on peut faire tomber uchi tachi en poussant tout droit sans rotation, à l'aide éventuellement d'un pas chassé vers l'avant (qui est justement là pour compenser le manque de puissance), et je l'ai fait et enseigné ainsi pendant une trentaine d'années. Mais le problème, si l'on veut parler vérité du mouvement, est le suivant : dans ce type d'exécution,où est le principe de rotation des hanches en irimi-tenkan ? Et où se trouve le principe qui veut que chaque technique vaille aussi bien avec un adversaire unique qu'avec des adversaires multiples. Il n'est pas sérieusement contestable que ce tachi dori, exécuté ainsi tout droit, ne permet pas à tori d'éviter les attaques venues des quatre directions. Alors, faut-il oublier les recommandations d'O Sensei que tu connais aussi bien que moi ?

Philippe Voarino

Merci Philippe ,vous rejoignez mon opinion personnel de toute art qu apres les bases ont fait appel aux sens de l eleves et donc a une partie de son autoditactie amicalement Srg

Bonjour Philippe ( Sensei) - ma remarque n'est pas de créer une polemique - elle reprend juste les paroles de SAITO Shihan qui a dit que chacun devait (apres un certain temps de pratique ) trouver d'autres formes - je suis d'accord sur le fait que les remarques et arguments avancés sont valables ,mais il est egalement vrai qu'une entrée tres directe est logique si il n'y a qu'un seul attaquant !! donc pour ma part la pratique de l'aikido "en general" depend de la situation . bonne fetes de fin d'année a tous .

Bonjour Patrick.

"Une entrée très directe est logique si il n'y a qu'un seul attaquant", écris-tu. Mais le problème est le suivant : comment savoir qu'il n'y a qu'un seul attaquant ? Personne n'a des yeux derrière la tête, et dans bon nombre de situations martiales il n'est pas possible de savoir avec certitude combien de dangers menacent. C'est pour cette raison qu'O Sensei a expliqué qu'on doit se comporter avec un adversaire unique comme on se comporte avec des adversaires multiples.

D'autre part, si le principe physique du mouvement d'Aikido est bien irimi-tenkan, et si le principe doit être respecté à chaque fois, comment serait-il possible de faire un même mouvement une fois avec irimi-tenkan et une fois sans irimi-tenkan, dans cette version "directe" que tu évoques ?

Philippe Voarino

bonjour ,

je ne pense pas qu il y ait plusieurs facons ,dans le sens ou" traitaiez un enemmi comme plusieurs ,et plusieurs enemmi comme un seul " ,de ce fait se degage la meme et seul logique de rotation et de sortie du centre ,seul gage de securité et realisation amicalement Srg

Qu’est-ce que l’Aikido Traditionnel ?


L’Aikido n’est pas un sport, c’est un art martial dont les lois (takemusu) sont en harmonie avec les lois de l’univers. L’étude de ces lois permet à l’homme de comprendre sa place dans le monde. L’Aikido est né à Iwama, O Sensei a réalisé dans ce village la synthèse entre tai jutsu, aiki ken et aiki jo.

Où pratiquer l’Aikido Traditionnel ?


La Fédération Internationale d’Aikido Takemusu (ITAF) apporte au pratiquant la structure dont il a besoin pour travailler au plus près de la réalité définie par O Sensei Morihei Ueshiba. Ses représentations nationales officielles garantissent un enseignement fidèle à celui légué par le Fondateur.

Les armes de l’Aikido, l’aiki ken et l’aiki jo


Dans l’Aikido moderne les armes sont peu enseignées, voire pas du tout. Dans l’Aikido d’O Sensei au contraire, l’aiki ken, l’aiki jo et le tai jutsu sont unis par des liens tels qu’ils forment ensemble un riai, une famille de techniques harmonieuses issues d’un principe unique. Chaque technique aide à comprendre toutes les autres.

Aikido art martial ou art de paix ?


La paix est un équilibre de l’être humain avec le monde qui l’entoure. L’objectif de l’art martial véritable n’est pas de devenir plus fort que son adversaire, mais de trouver dans l’adversaire un moyen de réaliser l’harmonie, l’ennemi n’existe plus alors comme tel mais comme celui qui offre l’occasion de parvenir au ki unifié.

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