Au-delà de la méthode #69

Shiho nage ura : la preuve par jo dori

Nous avons vu dans le dossier #68 que la rotation inversée à la fin du mouvement de shiho nage peut se comprendre, dans le cadre de la méthode, comme la simplification d’un mouvement sensiblement différent dans sa réalité martiale.

Je vois une raison essentielle à cette simplification – peu importe qu’elle vienne de maître Saito ou de maître Ueshiba lui-même – c’est qu’on ne montre pas le mouvement véritable à un débutant : d’abord il pourrait blesser quelqu’un par manque de contrôle d’une technique dangereuse, mais surtout on ne dévoile pas le cœur ultime des connaissances de l’école à un individu que l’on connaît trop peu encore pour être certain qu’il n’en fera pas mauvais usage.

Ne pas prendre en considération cette raison serait mal connaître l’esprit des arts martiaux, qui a été forgé dans un passé médiéval où le respect de telles précautions était nécessaire à la survie des écoles et des hommes.

Toutefois, enseigner des techniques incomplètes et irréelles n’a de sens que s’il s’agit d’un procédé provisoire d’apprentissage, le temps que le débutant se transforme en pratiquant confirmé, qui a fait ses preuves, qui a la confiance de ses maîtres, et qui est devenu apte à recevoir l’enseignement authentique. Mais si la transmission du savoir authentique n’est jamais accomplie, alors, au bout de quelques générations, ce savoir est perdu, et l’école ne véhicule plus qu’une image déformée du savoir initial.

C’est le problème qui a traversé l’Aikido dans la deuxième partie du vingtième siècle : les quelques élèves qui ont peut-être reçu d’O Sensei ce type d’enseignement, et qui se comptent sur les doigts d’une main, ne l’ont pas transmis, ou l’ont transmis d’une manière tellement fragmentaire que la transmission ultérieure n’a pas été assurée.

Pour parler clairement, si la technique shiho nage ura qui nous intéresse ici est enseignée sur toute la planète en utilisant la rotation inversée en fin de mouvement, c’est que tout le monde en est arrivé à penser sincèrement qu’il s’agit là de la technique authentique. On trouvera évidemment à l’appui des vidéos de maître Ueshiba l’exécutant ainsi, et on dira « voyez, c’est bien la preuve ! », en oubliant que c’est le même homme qui avait refusé de démontrer son art devant la cour impériale en expliquant qu’il ne pouvait pas montrer un mensonge devant l’empereur. On connaît la suite de l’histoire, Hiro Hito lui faisant savoir qu’il se contenterait du mensonge. Mais nous qui consacrons à cet art toute notre vie, pouvons-nous nous en contenter ?

De nombreuses incohérences devraient faire réfléchir mes camarades enseignants. La première d’entre elles étant évidemment le fait que shiho nage ura exécuté avec une double rotation ne fonctionne pas dans le cas d’une attaque multiple (cf. dossier #68). Or ce point essentiel est en contradiction formelle avec l’instruction d’O Sensei « une même technique d’Aikido fonctionne aussi bien avec un seul adversaire qu’avec plusieurs ».

Par chance, certaines indications nous mettent parfois sur la piste de la technique véritable, indications laissées là comme les cailloux sur le chemin du Petit Poucet. Jo dori shiho nage ura en est une.

Avec le jo, il est en effet physiquement impossible, dans ce cas, d’exécuter la double rotation, on est obligé de continuer la rotation unique jusqu’à son terme, c’est-à-dire qu’on est obligé d’exécuter le mouvement véritable de shiho nage: la hanche droite ne s’efface pas vers l’arrière en hanmi, elle pousse vers l’avant en carré, délivrant la puissance (c’est l’irimi-tenkan de l’Aikido), et c’est pourquoi shiho nage accompli de cette manière est destructeur.

Il y a là un point intéressant : la simplification technique peut avoir une validité limitée dans un certain nombre de cas, mais jamais dans tous les cas, la technique authentique en revanche n’est jamais prise en défaut, quel que soit le cas elle est toujours valide, et c’est pourquoi on ne peut faire autrement que l’utiliser quand la simplification technique atteint sa limite.

Je fais remarquer à tous mes camarades d’Iwama que maître Saito enseignait bien cette technique ainsi qu’il est démontré sur la vidéo ci-dessus, n’importe quel pratiquant peut d’ailleurs le vérifier sur les documents qui existent, livres ou vidéos.

Alors quoi ? Il y aurait deux déplacements différents (et contradictoires) pour faire le même shiho nage, selon qu’on tienne un jo ou qu’on ait les mains vides ? Si c’était vrai, où serait le fameux riai, où serait ichi rei, le principe unique de l’Aikido ?

« Ichi rei, shi kon, san gen, hachi riki », cela doit être compris si l’on veut faire de l’Aikido.

Philippe Voarino, juin 2017.

Commentaires

bonjour Philippe, voici un lien avec deux version avec deux hamni diffferent mais pas la votre, avez vous un lien sur cette autre version de SAITO ?

les versions de maitre SAITO restent linéaire sur la video comme bien souvent mais nous savons pourquoi.

votre vision me conviens aussi mais pas seulement, il y a aurait plusieurs deplacements possible comme il y a plusieurs corde sur un violon si j'osais dire..

cdlt

Sensei désolé mais du fait que comme le disait SAITO SHIHAN il y avait de la part de O SENSEI enseignement "oral" donc je pense "caché" a ceux qui n'etaient la que pour un "certain" temps,pourquoi donc dérogér a cette "regle" de nos jours ... trop de pratiquants ne viennent que pour un temps "reduit",pense tout comprendre et n'ont pas la patience necessaire a la pratique des budos ..est ce donc bien necessaire de "tout donner" des le debut ??? perso je ne le pense pas et j'avoue que je prefere attendre et voir ce que les personnes viennet chercher dans la pratique de l'aikido. trop de personnes ne font que passer alors pourquoi perdre du temps a leur transmettre....bref pourquoi expliquer vous tout cela sur des videos accessibles a tous ??? ca permet a certains de na pas pratiquer et de leur faire croire qu'ils ont la connaissance.....je ense que monter avec des erreurs est beaucoup mieux, O SENSEI occulter les fenetres de son dojo parait il lorsqu'il demontrait certaine technique .

Sensei bonjour - merci si vous pouviez demontrer attaque tsuki et shomen uchi ,mae geri , etc en aikido, non lineaire .un pratiquant de tres tres haut niveau m'a dit que le lineaire n'etait pas "martial" et ne pouvait donc exister. je pense que le karaté ne peut exister, ainsi que certaines frappes dans differents arts martiaux . merci donc de donner un exemple video d'un tsuki et shomen non lineaire .salutations .

Salut,

ajoutons, comme c'est toujours le cas, que le principe de déplacement permet de réunir toutes les conditions à l'exécution exacte , la mise hors de danger, le déséquilibre,etc... et aussi "l'élimination de l'adversaire venant de la droite ou de la gauche suivant le cas" avec la coupe de l'arrière du jo...d'où le fait de ne pas monter au départ le jo au dessus de la tête ou encore de passer en dessous comme l'explique parfaitement Philippe, shiho nage est une spirale montante et descendante sur un plan horizontal dans le même sens de rotation....en déplacement et pas sur place.... bel été a vous.

pardonnez moi Sensei mais au vu des propos que vous tenez " c’est qu’on ne montre pas le mouvement véritable à un débutant " etc etc sur lesquels je suis totalement en accord, POURQUOI donc mettre en ligne accessible a tout le monde et gratuitement ces differents techniques ... puisque vous ne pouvez savoir si ces videos ne sont pas vus par des pratiquants "lambda" si l'on peut dire ... salutations sinceres.

hi

en Karaté Shotokan ( le plus representé) toute attaque est linéaire ,tt embusen de kata est linéaires et tout les kion kata aussi ,seul les uke a des mouvements qui peuvent etre non linéaire .la base des arts pieds poings japonais sont duellistes ,donc linéaire et de surcroit le karate ,la main vide est basé sur l endurcissement issu de la confrontation frontale bon été a vous

ps: uchiro geri ,tt comme mae geri sont linéaire .mawashi geri ( le genoux se leve en ligne ) ,kakato geri idem ura mawashi geri reste un mouvement lineaire mais en sens ura etc il n y a pas non plus au niveau des blocages qui ne soient linéaires certains styles comme le kyokushinkai utilisent des techniques de poing tel que mawashi tsuki qui est une sorte de jab en boxe .

Bonjour - les forums aikido en general sont tres interessants. ils permettent de se rendre compte que certains pratiquants d'aikido sont comme ceux qui font du velo "le dimanche " , connaisent par coeur les grands champions du tour de france en les suivant a la télévision,les etapes,les cols etc etc ils sont eux aussi de grands champions du velo!! capables d'egaler les vrais champions du velo !!! ... dautre font la meme chose dans d'autres disciplines martiales ou sportives ... j'avoue que cela est plaisant de voir l'ignorance te la naiveté des ces pratiquants...salutations

bonsoir, mise au point concernant la forme du corps des armes.

j'ai par bonheur rencontré ce jour même un passionné d'arme de guerre très ancienne, sabres, lance et épées médiévales et deux magnifique et authentique katanas (plus de 400 ans) mais ce qui m'a fait sourir c'est de voir également un authentique YARI à lame tranchante avec un manche ovalisé!! le deuxiemeYARI a lame pointu (forme pyramidale) avait un manche rond comme par hazard. la preuve Philippe que j'avais raison sur le fait que le jo ne peut être que piquant et pas tranchant a cause de sa forme.

ce n'est qu'une question de logique!!

j'ai crée une arme batarde, il y a 3 ans, avec deux lames a double tranchants aux extrémité et deux mini tsuba une longueur de 148cm avec un corps ovalisé qui me permet justement de piquer* mais surtout de trancher de façon optimum. l'arme utlime et idéale pour pratiquer "mon aikido" et le votre aussi je pense.

pour ERIC...*de piquer, pas si sur !!!

le violoniste était un argument de votre part, non recevable et j'aurai apprécié que d'autre le souligne par honnêteté et impartialité.

une chose est sure, si le jo est un baton et il l'est, une frappe (shomen ou yokomen) est possible bien entendu mais rien a voir avec l'idée de trancher.

cela me rappele un enseignant(DIEU) et beaucoup d'autres aussi, qui repétait le sempiternelle refrain "ne jamais (en ken dori ) tenir une lame de boken fermement a pleine main car si c'est un katana vous perdrez vos doigts!!

mais en jodori il posait allègrement sa main en bout de jo et sur un yari il aurait été pile sur la pointe ou sur la lame tranchante.

avec le recul, j'ai des dizaines de phrases ou de posture toutes faites machés par Saito OU OSENSEI qui sont volontairement tronquées ou erronées.

Eric, la vérité est ailleurs, SURTOUT ailleurs que dans la vision des SENSEIS.

il faut se faire sa propre idée de la chose si l'on percevoir la réalité martiale et toujours douter des grands SENSEIS, c'est mon avis.

cdlt

Bonjour Patrick.

Je te remercie de me donner l’occasion de répondre à cette question importante : comment transmettre, pourquoi transmettre, à qui transmettre ? Cela est en rapport avec le sens que l’on accorde à sa vie, on pourrait dire comment vivre, pourquoi vivre, avec qui vivre ? Ces problèmes sont liés.

Une première remarque d’abord : la connaissance n’est pas un trésor, ce n’est pas une chose que l’on possède comme un stock de bon vin dans sa cave, et on n’en dispose pas comme on offre une bouteille à l’un plutôt qu’à l’autre. La connaissance est vivante, elle est comme un animal, elle doit être nourrie, elle doit être aimée, elle a besoin d’attention. Si on la traite comme un objet, elle se dessèche et elle meurt. C’est ce qui est arrivé à l’Aikikai. La connaissance, c’est comme se jeter à l’eau quand on ne sait pas nager, on coule ou on apprend à nager.

Bien-sûr j’ai reçu une instruction, j’ai eu l’enseignement de grands maîtres, et dans des conditions très privilégiées, mais quiconque appartient à la culture française sait bien que la plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu’elle a. La démarche de celui qui apprend ne peut pas se limiter à recevoir seulement, recevoir ce n’est jamais qu’une partie du chemin - nécessaire évidemment - mais c’est la plus facile, c’est comme aller au cinéma. Connaître n’apparaît qu’en commençant à donner, parce que donner c’est commencer à comprendre. Il faut donner avec sincérité, même ce que l’on n’a pas encore compris, parce que c’est la seule manière de le comprendre.

A l’inverse, personne ne peut comprendre ce qu’il reçoit s’il se contente de le recevoir. Et tu as raison, il est très vraisemblable que certains n’accueillent les informations de ce site qu’avec la passivité d’un spectateur devant un film. Mais remarque bien Patrick que tout ce que je peux expliquer ne représente absolument rien pour ceux qui ont cette attitude, et si ce n’est rien, quel mal y a-t-il à donner rien ? Et quand bien même ils en retireraient une sorte de prétention, la vie se chargerait de leur apprendre la futilité de ce genre de vanité. La vérité ou la réalité, qu’on l’appelle comme on veut, est une maîtresse exigeante, elle accepte l’erreur, mais pas la paresse, pas l’orgueil, pas le manque de sincérité et de courage.

Tout ce que je donne, je le donne sans arrière-pensée, avec humilité, mais conscient qu’il existe là une valeur qui ne doit pas être perdue. C’est mon rôle, les circonstances, ou le destin selon qu’on voit les choses, m’ont placé dans la position de partager cette connaissance avec un large public, c’est ainsi. Je donne bien davantage à mes élèves plus proches évidemment, mais je n’empêche personne de se rapprocher de moi. Tout cela est affaire de choix, c’est la responsabilité de chacun, et moi je fais ma part des choses, ce qui advient ensuite dépasse ma personne, je n'en suis pas comptable, c’est l’ordre du monde.

Philippe Voarino

Qu’est-ce que l’Aikido Traditionnel ?


L’Aikido n’est pas un sport, c’est un art martial dont les lois (takemusu) sont en harmonie avec les lois de l’univers. L’étude de ces lois permet à l’homme de comprendre sa place dans le monde. L’Aikido est né à Iwama, O Sensei a réalisé dans ce village la synthèse entre tai jutsu, aiki ken et aiki jo.

Où pratiquer l’Aikido Traditionnel ?


La Fédération Internationale d’Aikido Takemusu (ITAF) apporte au pratiquant la structure dont il a besoin pour travailler au plus près de la réalité définie par O Sensei Morihei Ueshiba. Ses représentations nationales officielles garantissent un enseignement fidèle à celui légué par le Fondateur.

Les armes de l’Aikido, l’aiki ken et l’aiki jo


Dans l’Aikido moderne les armes sont peu enseignées, voire pas du tout. Dans l’Aikido d’O Sensei au contraire, l’aiki ken, l’aiki jo et le tai jutsu sont unis par des liens tels qu’ils forment ensemble un riai, une famille de techniques harmonieuses issues d’un principe unique. Chaque technique aide à comprendre toutes les autres.

Aikido art martial ou art de paix ?


La paix est un équilibre de l’être humain avec le monde qui l’entoure. L’objectif de l’art martial véritable n’est pas de devenir plus fort que son adversaire, mais de trouver dans l’adversaire un moyen de réaliser l’harmonie, l’ennemi n’existe plus alors comme tel mais comme celui qui offre l’occasion de parvenir au ki unifié.

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