Ken tai jo n°4 : forme martiale

Le ken tai jo n°4 n’est pas fait pour frapper deux fois de suite le même adversaire. Le ken tai jo n°4 permet de frapper successivement deux adversaires différents tout en sortant d’un cercle d’attaquants qui frappent simultanément, c’est-à-dire sans attendre patiemment qu’uchi jo ait bien voulu terminer de régler son compte au premier uchi tachi, comme on le voit trop souvent dans les mauvais films d’action.

Le plus grand danger pour tori vient de la simultanéité des attaques.

Le ken tai jo n°4, tel qu’il est pratiqué en ligne sur un seul adversaire qui est frappé deux fois de suite (dossier #91), ne traduit pas une situation de combat mais une situation d’étude qu’il faut bien se garder de reproduire telle quelle dans la réalité du champ de bataille, au risque de ne pas survivre trente secondes.

Cependant, on observera que rien n’est changé, dans l’exercice martial, aux informations qui sont fournies dans l’exercice d’étude quant à l’exécution technique. La technique est rigoureusement conservée dans tous ses aspects, et c’est fondamental. L’ensemble du mouvement est seulement mis en rotation au lieu d’être exécuté sur une ligne.

Autrement dit, l’information qui se trouve dans l’exercice de base de la méthode d’apprentissage est parfaitement juste, elle nécessite seulement d’être redéployée dans l’espace du cercle. Pour comprendre la raison martiale de l’exercice de base, il est indispensable de passer des 180° de la ligne droite aux 360° du cercle.

Cette forme martiale sera analysée de manière plus détaillée dans le dossier #93.

Philippe Voarino, mai 2018.

Commentaires

Bonjour,

Je me pose la question suivante : "Pourquoi dans ce cas de figure, la première coupe avec la lance (utilisée à la manière d'un sabre), ne permet uniquement de "neutraliser" que l'adversaire situé sur la gauche de uke jo, et pas également celui situé en face de lui, qui reste alors libre d'enchainer le coup suivant?".

En effet jusqu'à présent, j'avais cru comprendre qu'un mouvement réalisé dans le cadre d'une rotation à 360° (en particulier le premier mouvement d'un exercice "au delà de la méthode"), donnait en théorie la possibilité (du moins dans les kumitachi), "d'éliminer" les deux adversaires situés dans le cadran dans lequel uke avait choisi d'entrer.

Serait-ce un cas particulier réservé aux kumijo?

En remerciant ceux qui voudront éclairer ma lanterne de béotien.

Bien cordialement.

Bonjour Kakuto

Je ne sais pas si vous êtes béotien, mais si l’on me disait que vous ne connaissiez pas l’Aikido auparavant, et que vous l’avez appris seulement à la lecture de mes articles, j’aurais un grand motif de fierté. C’est très bien vu en effet. J’avais mis de côté l’explication jusqu'à présent par souci de ne pas compliquer des choses déjà difficiles, mais vous avez parfaitement raison : si le jo est bien en réalité une lance montée de lames à ses deux extrémités, et dont la longueur est telle que deux adversaires attaquant simultanément peuvent être coupés dans un même mouvement rotatif (irimi-tenkan) d’uke jo, alors, dans le cas présent, l'adversaire de gauche serait effectivement coupé au niveau jodan en même temps que l'adversaire devant serait coupé au niveau gedan. La puissance de ces deux coupes simultanées étant garantie par l’effet d’hélice de la lance et par le levier fourni.

Le problème qui est à mon sens apparu à O Sensei c’est qu’il n’est pas possible de reproduire ce type d’exercice de manière systématique avec une lance de longueur réelle dans le cadre d’un entraînement régulier avec des partenaires, la nature même du mouvement empêchant la répétition nécessaire à tout exercice d’étude.

Il y avait deux solutions. La première était de se limiter à une pratique solitaire de la lance en se représentant les adversaires dans l'espace, ce qui ne permet pas de s'entraîner à l'awase. La seconde consistait à raccourcir la lance afin de rendre possible un exercice d’étude répétitif avec des partenaires. O Sensei choisit de transformer la lance en un bâton d'1m 30. Mais il est alors devenu difficile de visualiser et de ressentir la technique réelle, parce que la petite taille de l'arme eut naturellement pour effet qu’on se mit à tenir ce bâton comme un sabre et non plus comme une lance. Ceci est particulièrement net dans la méthode d’Aiki jo de maître Saito. Je rappelle qu’O Sensei pour sa part tenait toujours le jo comme une lance, c’est la méthode d’Aiki jo qui a introduit dans beaucoup de techniques la tenue et l’usage du jo à la manière d’un bâton court ou d’un sabre. Cette façon de faire a d’ailleurs rapproché l’Aiki jo d’écoles comme le Shindo Muso ryu Jodo où l’on se sert logiquement d’un bâton court à la manière d’un bâton court.

Or l'usage d'une arme courte ne permet de frapper qu'un adversaire à la fois. Le jo ne peut donc pas rendre compte parfaitement de l’usage de la lance Aiki parce qu’il cache, par une sorte de nécessité interne à sa nature, ce qu’il est par ailleurs censé révéler de la pratique de la lance. Le bâton court de l’Aikido n’est pas un bâton court, c’est une lance, mais on a fini par perdre cela de vue. Dans le monde de l’Aikido tout le monde répète qu’O Sensei un beau jour a coupé sa lance, mais bien peu sont ceux qui comprennent pourquoi, et aussi quelles en furent les conséquences pour le développement de l’Aiki jo.

Toutefois, si l’usage du bâton court est décalé par rapport à l’usage de la lance Aiki, on est malgré tout avec lui à un cheveu de la vérité parce que le déplacement irimi-tenkan ne varie pas selon qu’on frappe un ou deux adversaires. Quand bien même l'attaquant qui est devant n'est pas coupé dans le premier temps, uke jo n’est pas pour autant mis en danger, car le deuxième temps du déplacement spiralé est tel qu’il l’éloigne à nouveau de la position exposée.

Autrement dit, l’Aiki jo, en dépit des limites imposées par la nature même de l’arme qui a été substituée à la lance, permet d’étudier le déplacement authentique de l’art de la lance Aiki. L’irimi-tenkan ne diffèrerait en rien avec une lance véritable, c’est seulement l’effet qui serait différent, deux adversaires seraient coupés au lieu d’un seul. Ce qui reste difficile évidemment, c’est la représentation par l’esprit des possibilités de la lance à travers l’utilisation du jo, c’est un éveil permanent de la conscience, et c’est aussi un excellent exercice.

En tout cas on comprend à quelle distance on se trouve ici de la pratique pédagogique des kumijo où l’on frappe le même adversaire de manière répétitive sur un mode linéaire, et de ce fait sans souci aucun d’irimi-tenkan et de la réalité martiale. Ce qui, encore une fois, n’est pas une faute, pourvu que l’on sache à quel niveau de l’étude et de la connaissance on se situe.

Bonjour maître Voarino,

Je vous remercie pour votre réponse si complète et argumentée. Je suis toujours dans l'étonnement que vous partagiez si sincèrement des informations jusqu'alors gardées secrètes. Je ne comprends pas plus la raison du peu d'écho que rencontrent vos articles (qui de mon point de vue sont les meilleurs que l'on puissent trouver au sujet de l'aïkido "sur la toile").

Combien paradoxale me semble également le désir du fondateur de voir son art participer à la construction de la paix mondiale. Autrement dit, comment assurer une large diffusion d'un art si ésotérique? Ou encore est-ce qu'à partir de la diffusion d'une approximation, le "remède" proposé ne s'avère-t-il pas pire que le mal? Ce sont des interrogations quasi "philosophiques" qui n'ont peut-être pas leur place sur un forum technique, et j'ai bien conscience de n'avoir aucune légitimité réelle, pour ne serait-ce qu'évoquer le sujet. Mais je suis dans l'impossibilité de ne point y réfléchir malgré tout...

Je vous rends hommage pour savoir rendre la voie définie par O senseï si intéressante (dans toutes ses dimensions) par vos efforts pour casser "les images d'Epinal". Vos clarifications finiront, je l'espère par redresser les bâtons tordus, et même peut-être les équerres pas tout à fait à angle droit...

Respectueusement,

Kakuto Bugei

P.S. : Est-ce qu'il y a un moyen pour changer de pseudonyme? (Cette question s'adresse au modérateur, ou à n'importe lequel des participants de ce forum.)

Bonjour Kakuto.

Je vous remercie du compliment, mais pour la sincérité je n’ai aucun mérite. Ce que je trouve ne m’appartient pas, comment pourrais-je penser en être avare ? Et puis aussi, c’est en donnant que l’on trouve, la générosité n’est pas un mauvais calcul.

N’ayez pas de scrupule, l’Aikido n’est pas seulement technique, pourquoi ce forum le serait-il ? Construire la paix par l'Aikido, ce n'est pas changer le monde, c'est se mettre en paix avec lui. Et on ne peut être en paix avec le monde si l’on n’accepte pas le réel pour ce qu'il est : une tragédie. Cette tragédie est sans raison pour nous, il n'y a pas davantage de preuve de l'existence de Dieu qu'il n'y en a de sa non-existence, et personne ne peut dire pourquoi les êtres doivent naître, souffrir et mourir. Refuser la tragédie c’est entrer en conflit avec le monde, et perdre de vue qu’elle est sans raison apparente mais qu’elle n’est pas pour autant sans harmonie. L'horreur résulte d'un équilibre aussi parfait que la première fleur de cerisier. L’Aikido ne peut rien changer à l’équilibre des contraires, mais l’Aikido peut nous apprendre à le voir. Et si nous ne pouvons accéder à la raison du monde, nous pouvons être sensible à son harmonie, nous y sentir chez nous, et nous y trouver heureux au cœur même de la tragédie. Enfin, parce que nous reconnaîtrons le monde pour ce qu’il est, il y a une chance qu’à son tour le monde nous reconnaisse pour ce que nous sommes, ce qu’il sait mieux que nous.

Philippe Voarino

Bonjour Kakuto, désolé pour cette réponse tardive. Oui je peux vous modifier votre pseudo, donnez moi le nouveau et je ferai le nécessaire.

Qu’est-ce que l’Aikido Traditionnel ?


L’Aikido n’est pas un sport, c’est un art martial dont les lois (takemusu) sont en harmonie avec les lois de l’univers. L’étude de ces lois permet à l’homme de comprendre sa place dans le monde. L’Aikido est né à Iwama, O Sensei a réalisé dans ce village la synthèse entre tai jutsu, aiki ken et aiki jo.

Où pratiquer l’Aikido Traditionnel ?


La Fédération Internationale d’Aikido Takemusu (ITAF) apporte au pratiquant la structure dont il a besoin pour travailler au plus près de la réalité définie par O Sensei Morihei Ueshiba. Ses représentations nationales officielles garantissent un enseignement fidèle à celui légué par le Fondateur.

Les armes de l’Aikido, l’aiki ken et l’aiki jo


Dans l’Aikido moderne les armes sont peu enseignées, voire pas du tout. Dans l’Aikido d’O Sensei au contraire, l’aiki ken, l’aiki jo et le tai jutsu sont unis par des liens tels qu’ils forment ensemble un riai, une famille de techniques harmonieuses issues d’un principe unique. Chaque technique aide à comprendre toutes les autres.

Aikido art martial ou art de paix ?


La paix est un équilibre de l’être humain avec le monde qui l’entoure. L’objectif de l’art martial véritable n’est pas de devenir plus fort que son adversaire, mais de trouver dans l’adversaire un moyen de réaliser l’harmonie, l’ennemi n’existe plus alors comme tel mais comme celui qui offre l’occasion de parvenir au ki unifié.

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