Ken tai jo n°4 : la raison du gedan uchi

Dans les exercices de base qui sont proposés comme des modèles de travail et d’étude, c’est-à-dire les kumitachi, les kumijo, ou les ken tai jo, la raison de tel ou tel mouvement peut paraître obscure.

Pourquoi par exemple dans le ken tai jo n°4 la deuxième frappe doit-elle être exécutée au genou alors qu’il serait plus court et plus définitif de frapper la tête ? On peut légitimement se poser la question puisqu’en termes de rapidité, d’efficacité et de sécurité c’est cette dernière option qui serait à privilégier. Aller frapper le genou apparaît du point de vue martial, et dans une telle situation, comme un très mauvais choix.

Mais ici comme partout il faut faire confiance à la méthode d’apprentissage. Quiconque utilise les exercices proposés dans la méthode ne sait pas encore pourquoi il doit exécuter tel ou tel geste de préférence à tel ou tel autre. La méthode ne donne pas la raison des choix qu’elle opère, ce n’est pas son rôle, l’étudiant doit se contenter de répéter ce qu’on lui demande de faire de son mieux, et surtout sans rien y changer, même s’il n’en comprend pas toujours la nécessité. Il y a un peu de foi dans cette attitude.

C’est seulement quand l’exercice de base sera développé dans un contexte martial réel – ce que la méthode n’est en aucun cas – que la raison des gestes demandés deviendra évidente. Et l’on voit clairement sur la vidéo qu’il serait impossible – dans la situation où se trouve uke jo – de frapper la tête de l’adversaire sur le deuxième temps du mouvement : la frappe gedan uchi pour le genou est donc une nécessité qui n’apparaissait pas comme telle dans l’exercice de base de la méthode.

La leçon de ceci c’est qu’il ne faut rien retrancher et rien ajouter à la méthode de maître Saito aussi longtemps qu’on n’est pas certain d’en avoir compris toutes les raisons profondes. J’avoue mon grand scepticisme sur les tentatives qui sont faites ici ou là, au plus haut niveau de l’enseignement, pour ajouter quelques kumijo et quelques kumitachi au curriculum de l’Aikido. Je ne suis pas convaincu que les professeurs qui se lancent dans ces aventures aient une vision bien complète de l’immense richesse technique que constitue le passage de la méthode pédagogique à l’authentique réalité martiale. Et il serait bien préférable de creuser cette difficile transition plutôt que d’allonger inutilement le catalogue déjà amplement fourni de la méthode.

Philippe Voarino, mai 2018.

Commentaires

bonjour Philippe

que de plus triste que l ignorance de ses origines le qin ni ou chin na est l origine de l aikijutsu ,vos éléves ne comprendront jamais le sens martial de ces origines . que dire a part laisse les dans leur pratique béotiennes serge

Bonjour Philippe,

Je passe, de temps à autre, sur le forum pour me tenir informé de la façon dont tu développes ta pensée de l' « au-delà de la méthode ».

Cette démonstration m'a particulièrement interpellé. Pourquoi maître Saito n'a pas été plus loin dans ces explications ? [je crois sincèrement que tu resteras le plus crédible.]

Il me semble que les katas ne peuvent pas être transposer au réel. Ils sont les outils qui forgent le corps à la pratique physique l'aikido. En gardant à l'esprit que cette pratique aborde un grand nombre d'aspects martiaux qui sont nécessaire à sa compréhension.

Personnellement, je pense simplement que ce n'est pas utile. Au-delà passe par la martialité, le réel. Mais qu'est-ce que cette martialité, ce réel? Pourquoi, en aikido, on ne l'aborde pas. Je dis, souvent et je suis loin d'être le seul, que dans l'apprentissage de l'aikido, il n'y a pas de combat à proprement parlé. C'est un support avec lequel un message est transmis. Le combat ne connaît pas de règle. Seul se joue notre vie. Il est par contre certains qu'une maîtrise des principes de l'aikido takemusu a pour conséquence d'avoir plus de chance pouvoirs limiter les dégâts lors de rixe.

Ainsi, il me semble dérisoire de parler de martialité quand le point de départ devient une image où d'autres partenaires sont disposés sur quatre angles bien distincts. Quid de quatre en face (ou d'un nombre différent, d'ailleurs), à angles variables, etc. On repart sur un catalogue et la pyramide que l'on gravit tout au long de notre apprentissage s'inverse. C'est le serpent qui se mange la queue et rien ne ressort si ce n'est que des informations qui me semblent erronées.

Car voilà. On repart sur des parades, une gêne possible. On doit s'adapter à ce que le partenaire peut faire. L'apprentissage de l'aikido n'est-il pas une voie vers la liberté ? La liberté de mouvement, la liberté d'agir, le moyen d'annihiler la contrainte et de devenir le moteur de toute actions y compris celles des partenaires.

Nous en avions déjà parlé, pourquoi la montée du sabre ne peut être une attaque. Je persiste. C'est un tsuki. La sécurité le rend horizontal, on ne vise pas la gorge, bien trop dangereux. Comme on a raboté la pointe du bokken, double sécurité. Inutile pour le jo, où les lames ni figurent plus depuis bien longtemps. Entre parenthèses, je te renvoi au pourquoi du tsuki jodan gaeshi en deux temps et non trois : le jo monte, le jo descends dans le temps d'un irimi-tenkan. Ainsi, dans ta démonstration et en prenant en compte ce point, il me semble qu'il n'est plus utile de changer de sens de rotation. Le mouvement devient continu et est alors unifié. Le ken vient frapper les jambes, car l'attaque est développée à son maximum, de jodan à gedan. Et les quatre partenaires sont alors touchés : Le premier sur le temps shita kara ue made Les trois autres sur le temps ue kara shita made, respectivement à 90° les uns des autres.

Cela reste un exercice et non une simulation du réel, car toujours codifié par le placement des partenaires. On y travaille une frappe montante et descendante sur un même axe de rotation est dans la même direction. Un mouvement qui envahit l'environnement proche de tori sur 270°. Un mouvement qui, certes, pourra être développé sur un angle plus faible dans d'autres situations.

J'aurai aimé avoir ton avis sur cette réflexion.

Merci à toi.

Bonjour Thomas.

C'est un plaisir de te lire, ça faisait un bail. Ta pensée s'est beaucoup structurée, c'est un indicateur de progrès en Aikido. Mais je ne suis pas d’accord avec toi sur tous les points que tu soulèves.

Un enfant en détresse se réfugie dans les bras de sa mère, un guerrier se réfugie dans les bras du principe, dans une situation extrême c’est la seule chance qu’il ait de rester en vie. C’est comme accepter qu’il faille respirer pour continuer à vivre. Nul homme ne peut survivre s’il ne se conforme aux lois qui organisent cet univers.

Le principe de la respiration est naturel et spontané chez le petit d’homme qui vient au monde, le problème du pratiquant d’Aikido c’est que le principe de déplacement, s'il est également naturel, n’est pas spontané, et le guerrier doit le découvrir et le comprendre. Il doit dans un premier temps reconnaître le principe, le repérer. C’est pour cela qu’une méthode d’apprentissage a été mise en place.

Je suis bien d’accord avec toi sur le fait que cette méthode est susceptible de produire le contraire de ce pour quoi elle a été faite. De même que la haine est une manifestation extrême de l’amour, une extrême contrainte peut surgir de la recherche de la liberté, c’est un risque. Mais si la liberté d’action dont tu parles doit être recherchée, elle ne se conçoit pas sans le respect de l’ordre que l’univers nous impose. L’anarchie est une attitude qui peut trouver sa justification quand il s’agit de s’opposer à un ordre pervers, mais l’univers n’est ni anarchique ni pervers. Et puis il existe un danger opposé au danger de la méthode mais tout aussi redoutable, c’est celui de plonger sans préparation et sans garde-fou dans la liberté de mouvement que tu invoques. Car il y a de grandes chances alors qu’aveuglés par notre propre soleil nous prenions pour ordre universel la pauvre limite de notre vision trop humaine des choses.

Il y a un chemin, c’est un chemin de crête, il est bordé de précipices de part et d’autre, il ne faut pas faire de faux pas mais il faut marcher sur ce chemin avec confiance. Il ne faut pas trop s’accrocher aux détails, aux accidents du terrain qui paraissent important seulement parce que le regard ne porte pas assez loin. La méthode est pleine de dangers, mais c’est malgré tout un sol stable et l’on peut y poser le pied. La méthode est un chemin qui mène à l’Aikido, mais aucun chemin n’est chemin tant qu’un homme n’a pas décidé de le parcourir et de voir où il mène. Que les adversaires soient trois, quatre ou cinq, qu’ils soient disposés à gauche, à droite ou au milieu, tout cela n’a pas grande importance puisqu’au stade de l’étude ce ne sont pas des adversaires, ce ne sont encore et toujours que des partenaires, et je suis bien d’accord avec toi sur ce point. Mais il est possible, à travers ces situations artificielles, de comprendre la logique du principe universel d’action, c’est cela qui doit être recherché. Bien sûr l’étude a ses limites, tu as parfaitement raison, mais ce qui est au-delà de cette limite c’est le champ de bataille, sur le champ de bataille on ne meurt qu’une fois, le dojo est le lieu où l’on peut mourir plusieurs fois. On ne défend pas sa vie dans un dojo, et aucun entraînement ne pourra jamais reproduire les conditions de la réalité.

Pour ce qui concerne ton idée qu’il est possible de frapper dans la montée du sabre, je suis parfaitement d’accord, c’est le travail du cinquième kumitachi que j’ai expliqué à http://www.aikidotakemusu.org/fr/articles/au-dela-de-la-methode-44 et suivants, mais la frappe est effectuée avec le pommeau du sabre, pas avec le dos de la lame. A la différence de certaines épées chinoises par exemple qui ont deux côtés tranchants, le katana n’a qu’un seul côté tranchant. Il est fait pour traverser les chairs et les os, et c’est pour ça qu’il peut frapper sans jamais s’arrêter, parce qu’il traverse les obstacles. A contrario un coup effectué avec le dos de la lame serait peu efficace et bloquerait la course du sabre, l’obligeant à repartir en sens contraire. Par ailleurs, le procédé de fabrication du sabre japonais lui confère une grande résistance quand on utilise la convexité coupante de sa courbure, mais il pourrait fort bien casser dans l’éventualité d'une frappe avec le dos concave de la lame. Quant à l’idée qu’on pourrait intimider et tenir à distance des adversaires avec de tels mouvements, je pense aux instructions qu’avait reçues Pierre Chassang dans les Forces Françaises Libres : "On ne sort pas un pistolet pour autre chose que pour tirer". Le katana ne sort de son fourreau que pour couper. Une arme ne sert pas à menacer, elle sert à tuer. Menacer avec une arme est un moyen assez sûr de mourir.

Philippe Voarino

Salut Philippe,

Merci pour ta réponse. Je peux maintenant apprécier les points sur les lesquelles nous sommes d'accord avec plus de lucidité.

Je considère tout à fait que l'attaque montante est aussi la frappe du pommeau. Inutile de débattre des détails. Car ici Tori est avec un jo, une lance, une pointe tranchante. La coupe montante est loin d'être illusoire. De plus, la position finale est non sans évoquer Ushiro Uchi, une coupe qui traverse « trois niveaux » sur un même plan. Le Riai apparaît et transparaît au fil de la méthode.

On se rend alors compte que cette méthode est sacrément (le mot est choisi:) ) bien foutue !! Là-dessus on est bien d'accord.

Je suis on ne peut plus d'accord sur cette parenthèse sur les armes. Mais le moment qui nous intéresse, celui de l'exercice, n'est là que pour décrire une situation précise et on pourrait simplement mettre deux partenaires, à 90 et l'autre 180° par exemple. Le mouvement serait alors le même.

A ce stade de l'enseignement, il faut considérer les partenaires comme des obstacles signifiant une menace, ils le signifie avec plus ou moins d'ardeur en fonction de la personnalité :). Hors dans ta démonstration, je pense ce qui me dérange le plus, deux partenaires sont « ignorés ». Le simple fait de commencer la frappe descendante avant efface cette impression visuelle. Toutes les menaces sont prises en considération.

Cela ne veut pas dire que j'ai tué 4 personnes en un mouvement ou tenter de les intimider. Mais, entre autre, que grâce aux principes que je respecte, que j'applique et qui ont construit ma pratique, je pourrait toucher les adversaires à ces endroits s'ils s'étaient placés de telle ou telle façon. Des principes qui découlent aussi de ton enseignement, d'ailleurs. Chaque exercice pointe une situation où apparaissent les liens qui les unissent pour mieux les comprendre transposant ainsi une foule de situations. Ces interactions sont comme des connections qui nous laissent entrevoir l'étendue des possibilités... Plus beaucoup de place pour l'anarchie, le chaos... même s'ils aiment se faufiler à la moindre faille:) !

Je ne dis pas que j'ai raison, j'ai du mal à intégrer, comprendre ta façon de voir ce qui se trame dans la méthode... J'y arriverai sûrement un jour !

Bien à toi !

Bonjour

Débat intéressant sur lequel j'aimerai avoir quelques éclaircissements.

Connaissant la pratique de Thomas et également celle de Philippe, je peux dire que vous ne parlez pas de la même chose quand vous abordez le temps "d'attaque montante".

Philippe, tu expliques qu'il est impossible de frapper avec le dos de la lame et que la frappe possible est avec le pommeau, je pense que nous sommes tous d'accord avec cela cependant ce n'est pas ici ce que Thomas a essayé de mettre en lumière.

Lorsque l'on fait hasso gaeshi je pense que nous sommes d'accord sur le fait que le premier temps (même s'il est caché, dissimulé, ... ) est un tsuki ascendant qui conduira au mouvement hasso s'il est poursuivi. Et non simplement le fait de baisser la pointe du jo pour ammener en avant la pointe arrière comme beaucoup font quand ils n'ont pas intégrer la notion plus globale "que la partie arrière (du corps, de l'arme) n'intervient que parce que la partie avant est déjà passée et à déjà agit...

Si cela est vrai au jo, et si les armes sont le prolongement du corps alors il faut aller au delà de la forme pour y trouver le mouvement, un mouvement ascendant d'attaque, c'est shomen uchi, ce fameux mouvement ascendant d'attaque au combien refuté par nombres de pratiquants d'aikido.

Si ce mouvement ascendant d'attaque existe en tai jutsu, en aiki jo, il existe en aiki ken (qui ne sera qu'une manifestation particulière du corps avec un ken dans les mains).

C'est parce que ce mouvement a disparu qu'il était également possible d'assister au fait que N.Tamura faisait reculer aussi facilement tous les ukes lorsqu'il levait un sabre, histoire que tu nous a tant raconté pour expliquer qu'il fallait éviter de laisser des ouvertures.

Du coup frapper ici le premier temps du 4ième ken tai jo comme un men revient:

  • à créer une ouverture et laisser facilement entrer N.Tamura :-)
  • à oublier le lien avec le tai jutsu et qui conduira d'ici peu à ne plus avoir d'explication ou de lien avec la raison d'avoir une attaque ascendante en tai jutsu
  • ne plus garder à l'esprit ces moments "cachés" dans la pratique du jo qui donne le sens au mouvement et permettent de comprendre pourquoi certains mouvements ne peuvent être fait (ex:faire plonger la pointe sur hasso gaeshi).

Ce point de détail technique permet d'aller plus avant dans une question / remarque sur le premier temps du 4ième ken tai jo...

Que se passe t il lors du 4ième ken tai jo... Uke lève le sabre, tori avance le pied droit en allant vers la gauche puis se recentre pour finir son mouvement.

Cela signifie....

Que la forme nous apprend que TORI a une action, un mouvement allant vers la DROITE.

Je bouge vers la gauche pour pouvoir rétablir le sens de ce mouvement vers la droite, visible et invisible ne font ils pas qu'un disait O'Sensei???

Comprendre un mouvement est souvent inverser les choses... Je bouge pour mettre en place une forme en allant vers la gauche cela signifie que le sens de mon mouvement est un mouvement allant vers ma droite et inversement.

Reprenons maintenant le premier point développer dans ce message à la lumière du second.

Si la forme m'apprend que j'ai un mouvement qui va vers la droite, quand je fais ce premier temps, cette attaque ascendante comble du hasard la pointe de l'arme va vers la droite , exactement là ou doit m'ammener le sens du 1er temps du 4ième ken tai jo. Donc le hasard faisant bien les choses tout colle.

Et chose encore plus sympa, cette attaque ascendante menée à son terme vers le haut me permet sans aucun changement, retour en arrière, d'avoir une continuité parfaite avec le mouvement suivant 2ieme temps du 4ième ken tai jo.

Qu'en pensez vous?

Cordialement

Matthieu

Salut,

tout cela est "magnifique", "génial", c'est marrant et bienvenue ces "racamaillages" comme on dit dans Ch'Nord.....c'est peut-être l'Amour de l'Aiki qui parle ,pour ma part je me suis toujours voué à ceci, La chose du monde la mieux partagée ....ce bien avant dans ma "vie".....c'est un chemin pertinent....

Alors bientôt un stage ??? ou autre ???

Tchuss

Bonjour à vous.

Ce qui m'interpelle souvent c'est de ramener les "exercices" du jo et ken à un bujutsu. Est ce qu'une discussion technique sur des conséquences de kata d'Aikido peut être aussi pointilleuse qu'une discussion sur des applications liées à des techniques issues d'écoles martiales d'armes ?

Pour aller plus loin, on trouve la famille des Yari et Naginata. Je ne trouve pas trace d'une arme traditionnelle Japonaise avec une lame à chaque extrémité. Les autres plus exotiques étaient considérées comme "déshonorantes" et réservées à des clans d'assassins et d'espions (donc moins répandues).

Concernant la pratique de l'aiki-jo, les critères de l'arme me semble les mêmes que pour d'autres écoles Bo et du Jo. O'Sensei pratiquait la baïonnette (cf budo et les nombreuses photos), pourquoi n'aurait-il pas pris la peine de conserver une pratique avec la forme de l'arme originelle ?

On connait aussi l'influence des kata de bo du Katori Shinto Ryu ou d'autres écoles de jodo avec comme finalité, l'usage du bâton en combat, l'un influencé par la yari et l'autre par le bâton de marche accompagnant les voyageurs.

En regardant certains kata martiaux du Katori, une école qui forme à la guerre dans son catalogue technique, nous pourrions aussi en conclure qu'O'Sensei les a repris en injectant le principe de l'Aikido et en réduisant sa taille.

https://youtu.be/EIODtlyWvdY?t=439

Un des principes de l'Aikido est de toujours respecter le principe de l'Aikido quelques soit l'arme, donc plus de techniques spécifiques.

Cdt. François

Bonjour Matthieu.

J’ai lu ton message avec beaucoup d’attention pour être sûr de bien comprendre ce dont nous parlons. J’ai des points de désaccord avec ta vision, et je vais essayer de les exposer.

Tu écris :

"Lorsque l'on fait hasso gaeshi je pense que nous sommes d'accord sur le fait que le premier temps (même s'il est caché, dissimulé, ...) est un tsuki ascendant qui conduira au mouvement hasso s'il est poursuivi."

Contrairement à ce que tu penses, je ne suis pas du tout d’accord avec cela. Le mouvement hasso gaeshi tire son nom de la position finale du jo à hauteur de l’épaule, mais l’essentiel de ce mouvement réside évidemment dans le temps de frappe qui précède. Cette frappe est l’illustration avec un jo du principe irimi-tenkan : si la partie arrière du jo entre en montant, c’est parce que la partie avant se retire en descendant, et vice versa, cette action est simultanée. Si nous parlons bien du mouvement hasso gaeshi, aucun autre temps ne peut venir s’ajouter à cette action-là. Si, comme tu le décris, la partie avant du jo devait faire un mouvement ascendant, alors inévitablement la partie arrière du jo ferait une entrée (irimi) descendante. Or cette forme est opposée au mouvement hasso gaeshi qui veut au contraire que la partie avant descende (plonge) quand la partie arrière monte. Le mouvement ascendant initial "dissimulé" que tu envisages ne peut donc pas "conduire" au mouvement hasso gaeshi, puisqu’il initie une rotation à contresens du suburi hasso gaeshi.

"Et non simplement le fait de baisser la pointe du jo pour amener en avant la pointe arrière comme beaucoup font quand ils n'ont pas intégré la notion plus globale que la partie arrière (du corps, de l'arme) n'intervient que parce que la partie avant est déjà passée et à déjà agi..."

Dans le principe irimi-tenkan, il n’y a pas d’avant et il n’y a pas d’après, il y a un "en même temps", la partie arrière n’intervient donc pas comme tu écris quand "la partie avant est déjà passée et a déjà agi", comme si irimi prévalait sur tenkan. L’action des deux parties du corps est simultanée, les deux extrémités du jo basculent comme une parfaite hélice, irimi n’entraîne pas tenkan, et je dirais même que le kimochi, le sentiment, doit plutôt être placé sur l’aspect tenkan de la rotation que sur son aspect irimi, mais je n’insiste pas sur ce point qui nous entraînerait trop loin. C’est parce que cette bascule des forces en hélice autour de l’axe est égale dans ses deux dimensions opposées et complémentaires, que le corps peut entrer dans l’un quelconque des quartiers du cercle pour y frapper simultanément deux adversaires, et échapper par cette même action au danger de sa position initiale.

Pour ce qui concerne maintenant le rapport de ce type de travail "ascendant vers l’arrière" avec le 4ème ken tai jo, tu juges, si je comprends bien tes explications, que le temps qui consiste à armer le jo vers l’arrière pour pouvoir frapper ensuite vers l’avant le poignet d’uchi tachi, est en réalité une indication de frappe vers l’arrière droit pour atteindre au niveau jodan un adversaire qui se trouverait dans cette zone, ce qui permettrait ensuite de continuer dans la même rotation le yokomen destiné à toucher le genou d’un deuxième adversaire. Mais dans une telle hypothèse, la première frappe du jo serait alors en revers, dans le sens de l’ouverture des doigts de la main et non plus en coup droit, la paume de la main en poussée sur le jo, telle qu’elle est exécutée dans la méthode d’apprentissage du ken tai jo. D'autre part, la base du 4ème ken tai jo indique une première frappe de droite à gauche et une deuxième frappe de gauche à droite, or une frappe initiale vers l'arrière aurait pour conséquence d'exécuter les deux frappes de gauche à droite. Qu’est-ce qui autorise à modifier aussi radicalement les éléments techniques du 4ème ken tai jo pour les transformer en une forme qui n’a plus de rapport avec le suburi de base ?

Il y a là un point essentiel : dans le difficile passage de la méthode à l’au-delà de la méthode, il ne s’agit pas de modifier les éléments du travail de base, il s’agit de les positionner dans un contexte différent en respectant scrupuleusement leur ordre aussi bien que l’intégralité de leur forme. Le premier temps du 4ème ken tai jo quand il est pratiqué au-delà de la méthode doit demeurer un shomen, un coup droit, il ne peut pas être transformé en coup de revers avec le jo. Et les deux frappes doivent respecter des rotations en sens contraire, ainsi que l'information nous en est donnée dans le suburi du ken tai jo. Le canevas de la méthode doit demeurer, quand bien même l’exercice de base est éclaté dans les différentes directions.

Par ailleurs, je suis bien d’accord avec toi sur le fait que ce temps où l’on est obligé d’armer le jo vers l’arrière pour attaquer le poignet d’uchi tachi vers l’avant constitue une faiblesse technique. Mais il ne faut pas voir les choses sous cet angle. On se trouve en effet typiquement ici devant une contrainte liée seulement aux exigences de la méthode qui oblige à frapper l’adversaire qui est devant. Comme le jo n’est pas armé pour exécuter une telle action au moment de l’attaque du sabre, il faut bien lui faire acquérir un peu de course par ce léger mouvement vers l’arrière (qui est aussi une invitation à l’attaque d’uchi tachi) afin que que la frappe ait un minimum de puissance. Mais en réalité, dans la position d’attente jodan no kamae, le jo est déjà armé, seulement il est armé pour frapper l’adversaire de gauche ainsi que le montre la vidéo, il possède alors une course qui lui garantit sa pleine puissance de frappe sans qu’il soit nécessaire dans ce cas d’armer au préalable vers l’arrière. Autrement dit, la phase d’armé du jo, ce mouvement ascendant vers l’arrière droit, n’existe pas dans la réalité, il s’agit seulement d’une contrainte inévitable liée au caractère linéaire de la méthodologie et de la pédagogie de l’apprentissage. Dès lors, il est impossible de considérer ce mouvement artificiel – qui n’est qu’une des nombreuses et inévitables aberrations de la méthode – comme un argument pour transformer la frappe shomen du premier temps du 4ème ken tai jo en une frappe en revers vers l’arrière.

Je n’analyserai donc pas les conclusions que tu tires de la transformation opérée par cette frappe en revers, puisque pour moi cette transformation est une extrapolation qui perd tout lien avec l’exercice de base, et que cette raison suffit à la rendre non pertinente dans le cadre d’une application dans les 360° du 4ème ken tai jo.

Pour que mes propos ne soient pas mal interprétés, j’ajoute qu’il est tout à fait possible, à partir de la garde migi hanmi d’uchi jo, d’effectuer une frappe jodan sur l’adversaire qui se trouve à l’arrière. Il s’agit alors d’utiliser une des deux possibilités de déplacement que possède uchi jo dans le quartier arrière gauche du cercle : le pied gauche en rotation avant gauche, coupe gedan de l’adversaire qui est à gauche, et dans le même temps le pied droit en rotation arrière droite, coupe jodan de l’adversaire qui est derrière. Position kenka goshi au moment de la frappe simultanée des deux adversaires. Mais cette action, parfaitement correcte par ailleurs, ne tient pas compte du modèle proposé dans le 4ème ken tai jo, voilà pourquoi elle ne doit pas être utilisée dans le cadre de son étude au-delà de la méthode.

Philippe Voarino

Bonjour Eric.

Je ne sais pas si racamaillage il y a, mais racamaillage j'adore. Merci pour ce joli mot que tu viens de m'apprendre.

Philippe Voarino

Bonjour François.

Je suis bien d’accord avec toi. Le principe de l’Aikido est une rotation irimi-tenkan qui donne naissance à un déplacement toujours identique à lui-même dans les différentes directions. Eadem mutata resurgo disait Jacques Bernouilli. C’est ce principe qui est la clef de toute action, et c’est la réponse à toutes les questions d’ordre technique, dans la mesure où les spécificités techniques ne sont que les conséquences nécessaires du mouvement généré par le principe d’action. Les discussions sur l’avantage ou le désavantage de tel ou tel point technique s’installent seulement parce que la compréhension du principe d’action est imparfaite. L’individu est impuissant, le champ de vision du plus habile est limité, le guerrier n’a pas d’autre choix que de s’en remettre au principe. Mon travail est de ramener en permanence le curseur sur cette réalité : il y a une loi et le pratiquant doit reconnaître cette loi s’il veut s’élever jusqu’à l’Aikido. On ne parvient pas à l’Aikido sans foi ni loi.

Philippe Voarino

Salut Philippe, Salut François,

Pour comprendre un peu plus, ma façon de voir les choses, le jo n'est pas une arme à proprement parler. L' image d'une arme aux multiples propriétées est pour moi plus appropriée (rien de mystique, je vous rassure). En effet, O'Sensei manipulé la baïonnette au début. On l'a vu aussi au bâton doté d'une pointe. En fait, le jo peut tout aussi bien représenter baïonnette, yari, naginata ou même katana. Il est là pour démontrer et transposer. Rien que dans les 20 suburi, on touche un nombre conséquent de mouvements transposables à ces mêmes armes. Le fait de parler de lame sur le jo est du même acabit, le jo est une sorte de lien entre les armes ou plus simplement un outil qui permet d'aborder un grand nombre de principe martiaux.

Croire que le jo en tant que tel est une arme n'est, je pense, pas très sérieux. Car comme tu le dis bien, Philippe : « Une arme ne sert pas à menacer, elle sert à tuer. Menacer avec une arme est un moyen assez sûr de mourir. » Le jo ne sert pas à tuer, il sert à démontrer et apprendre. Effectivement si l'adversaire (c'est une arme) est quelque peu statique, il a possibilité. L'Aikido va bien loin que le fait de vouloir tuer, comme il me semble l'avoir évoqué plus tôt.

Il nous montre les possibilités toujours plus nombreuses de se mouvoir autour d'un principe unique : Irimi Tenkan. Le catalogue est là pour nous initier, sa compréhension nous construire.

Je ne disserterai pas plus. Car tu as très bien exposé ton point de vue, qui divergent sur quelques points du mien, ou inversement, bien sûr . Ces points de désaccords se sont développés il y a un moment déjà et c'est ce qui a provoqué cette rupture. Notre façon d'appréhender ces aspects risque difficilement de s'accorder. Ce qui ne m'empêche pas passer de temps à autres.

Bien à vous et Bonne pratique !!

NB : Eric, écoutes bien Philippe : « On ne parvient pas à l’Aikido sans foi ni loi. »

Bonjour Thomas.

Pendant longtemps, comme toi, j’ai eu un point de vue sur les choses. Un point de vue, parce qu’il n’est qu’une vision particulière et donc partielle de ce qu’il considère, manque nécessairement les autres perspectives. Le jardin de pierres du Ryôan-ji à Kyoto symbolise cela : quinze rochers y sont disposés de telle sorte qu’il est impossible de les voir ensemble, quel que soit l’endroit où se place l’observateur il y a toujours un rocher dissimulé au regard.

Si l’on s’en tient aux lois de l’optique, il est impossible que les lignes de fuite issues de points de vue différents convergent, et de même il est inévitable que les points de vue des hommes ne divergent pas. La raison de cela c’est que le point de vue laisse le sujet extérieur à l’objet qu’il regarde. La seule manière de comprendre (au sens premier du mot qui signifie prendre ensemble), c’est de ne plus regarder de l’extérieur, de ne plus avoir un point de vue, mais plutôt d’être ce que l’on observe. Il n’y a pas de connaissance véritable tant que le sujet n’est pas devenu aussi l’objet de la connaissance. Il faut à un moment que le sujet et l’objet soient confondus, qu’ils ne fassent plus qu’un. C’est l’idée de la fameuse formule : si tu veux peindre un bambou, observe le bambou pendant vingt ans, deviens bambou et peins.

Tant que le pratiquant n’est pas devenu lui-même le principe d’action de l’Aikido, il ne peut avoir sur le mouvement qu’un point de vue. Et il y a autant de points de vue qu’il y a d’hirondelles dans un ciel de printemps, et une hirondelle vaut une autre hirondelle. Il faut que tu comprennes cela Thomas : ce que j’essaie de mettre en face de ton point de vue, ce n’est pas un autre point de vue, c’est la connaissance du principe, et c’est seulement cette connaissance qui fait apparaître tous les points de vue pour ce qu’ils sont au bout du compte, de simples opinions.

Philippe Voarino

Bonjour Philippe,

Ta comparaison est intéressante, car le dessin est mon métier. L'observation de ce qui m'entoure est un de mes passe-temps favori. Ce que cache l'apparente réalité des choses est toujours trompeuse. Je ne le sais que trop bien. Si on ne fait pas le tour du sujet, on ne pourra représenter qu'une face de ce même sujet et ceux sans en comprendre la profondeur. En en faisant le tour, on commence à mesurer cette profondeur et à voir ce qui se cache derrière. Il en va de même de ces faces cachées alors découvertes que l'on ne pourra appréhender qu'en « finissant » notre tour du sujet. Sans cesse il sera nécessaire de faire ce tour pour mettre en relation nos différentes découvertes afin de retranscrire la cohérence du sujet. Seule une minutieuse observation nous permettra d'aller plus loin. C'est un long travail afin d'habituer le corps à cette gymnastique. Le dessin est aussi un travail corporel et sensoriel.

Je n'irai pas jusqu'à invoquer l'article 434-4 du Code Pénal pour ceux qui n'auraient pas la même interprétation ou vision que moi du sujet, je trouve tout de même cela assez comique.

Pour en revenir à ce qui nous intéresse voici ce qui me pose problème dans tes affirmations. En respectant justement le principe d'unité de l'Aïkido, comment peut-on frapper horizontalement sans rompre le mouvement ascendant à mi-chemin qui donne naissance à ce tsuki ? N'est-on pas encore dans un travail décomposé ? Le fait que les deux premiers mouvements du jusan no jo ne se compte pas trois n'est-il pas un indice pour nous signifier qu'il n'y a aucune intention de retrait mais seulement de continuité? … une étape vers la « réalité » du mouvement. J'ajouterai d'ailleurs que le retrait existe toujours, car intégré dans le gaeshi, liaison entre l'ascension est la descente.

Bien à toi.

Mais faire le tour du sujet, est-ce " être le sujet " ?

Bonjour Thomas.

L'article 434-4 c'était pour rire bien sûr.

Il n'y a pas de mouvement horizontal dans ce que j'ai décrit ou démontré.

Philippe Voarino

Qu’est-ce que l’Aikido Traditionnel ?


L’Aikido n’est pas un sport, c’est un art martial dont les lois (takemusu) sont en harmonie avec les lois de l’univers. L’étude de ces lois permet à l’homme de comprendre sa place dans le monde. L’Aikido est né à Iwama, O Sensei a réalisé dans ce village la synthèse entre tai jutsu, aiki ken et aiki jo.

Où pratiquer l’Aikido Traditionnel ?


La Fédération Internationale d’Aikido Takemusu (ITAF) apporte au pratiquant la structure dont il a besoin pour travailler au plus près de la réalité définie par O Sensei Morihei Ueshiba. Ses représentations nationales officielles garantissent un enseignement fidèle à celui légué par le Fondateur.

Les armes de l’Aikido, l’aiki ken et l’aiki jo


Dans l’Aikido moderne les armes sont peu enseignées, voire pas du tout. Dans l’Aikido d’O Sensei au contraire, l’aiki ken, l’aiki jo et le tai jutsu sont unis par des liens tels qu’ils forment ensemble un riai, une famille de techniques harmonieuses issues d’un principe unique. Chaque technique aide à comprendre toutes les autres.

Aikido art martial ou art de paix ?


La paix est un équilibre de l’être humain avec le monde qui l’entoure. L’objectif de l’art martial véritable n’est pas de devenir plus fort que son adversaire, mais de trouver dans l’adversaire un moyen de réaliser l’harmonie, l’ennemi n’existe plus alors comme tel mais comme celui qui offre l’occasion de parvenir au ki unifié.

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