Au-delà de la méthode #40

MUNA DORI KOKYU NAGE

Dans l’enseignement de la méthode, muna dori kokyu nage est enseigné selon une double rotation : une première rotation à 180° pour déséquilibrer uke, et immédiatement après une seconde rotation à 180° pour le projeter.

C’est un excellent exercice qui apprend à mobiliser les hanches, et aussi à les stabiliser dans le temps de la projection.

Mais cet exercice comporte plusieurs difficultés :

    • il est irréaliste avec un uke qui tient solidement, parce que la course insuffisante des hanches de tori l’oblige à déséquilibrer uke dans l’axe de sa jambe d’appui,
    • il oblige tori à « aller vers uke » au moment de la projection, alors que c’est le contraire qui doit se produire : uke doit être mis en mouvement autour de tori comme l’hélice autour de son axe, et tomber par l’effet de sa propre dynamique,
    • il est irréalisable dans le contexte d’une attaque de groupe, car il laisse tori exposé et vulnérable.

Ces problèmes ne trouvent pas de solution dans le cadre de la méthode, qui ne peut donner, comme la plus belle fille du monde, que ce qu’elle a.

Pourtant la solution existe, mais elle exige que l’on comprenne quelle différence fondamentale il y a entre la pratique d’un exercice d’étude et le mouvement réel.

Cette différence se mesure mathématiquement, et c’est un angle de 90° : quand la méthode demande d’exécuter la première rotation à 180°, la réalité exige en effet de l’exécuter à 270°.

Seuls ces 90° supplémentaires permettent de respecter les points essentiels ci-dessous :

    • opérer la rotation initiale des hanches avec une amplitude telle (270°) qu’elle développe une puissance considérable dans la mise en mouvement et en déséquilibre d’uke,
    • exécuter cette rotation dans le déséquilibre latéral d’uke, c’est à dire là où il est faible, et non plus dans l’axe de sa jambe d’appui où il est particulièrement solide
    • déséquilibrer uke vers l’un des deux adversaires latéraux (gauche ou droit selon la saisie)
    • projeter uke vers les deux adversaires restants

Une technique d’Aikido doit fonctionner aussi bien avec un adversaire qu’avec quatre, sans qu’il soit nécessaire pour cela de la modifier. Ceci est l’enseignement d’O Sensei, il est essentiel de le comprendre et de le respecter. La compréhension de ce qui est en jeu ici passe par la compréhension de l’angle à 270°.

Philippe Voarino, juin 2016.

Commentaires

Bonjour - lors de la technique il me semble que SAITO SHIHAN prenez egalement le coude de uké avec la main interieure et n'utilisait pas uniquement la main exterieure lors de la rotation.pourquoi n'utilser que la main exterieure ? merci - salutations .

Salut Dieu, je n'ai pas forcément la réponse juste à ta question, mais peut-être que si Saïto sensei le montrait ainsi (avec les deux mains), c'était pour "biaiser" ou "corriger" les imperfections, limites, de la méthode linéaire... bien à toi Eric

Bonjour Patrick.

Maître Saito expliquait qu'on pouvait "aider le mouvement" en prenant le coude d'uke avec la seconde main si cela s'avérait nécessaire, c'est à dire si l'on manquait de puissance dans l'exécution. Mais ce palliatif ne doit pas être systématique. En tout cas, si on est obligé d'y avoir recours, il est indispensable de ne saisir le coude que dans la seconde partie du mouvement. Si l'on saisit le coude au départ de l'action on bouge en effet le bras dans le sens contraire de la rotation des hanches, ce qui est une folie sur le plan martial. Enfin, je rappellerai que l'adversaire ne porte pas nécessairement un keikogi, et qu'attraper la manche ressort davantage de l'exercice d'étude que de la réalité martiale.

Philippe Voarino

par dieu le dim, 19/06/2016 - 18:19

Bonjour phillipe - tout a fait exact ce qe tu dis - par contre au vu de ces elements je ne comprends donc pas trop le fait du travail en sisie puissante ( manche ou coude ou revers etc etc ) du fait que si il ne s'agit pas d'un keikogi il y aura dechirure du vetement lors de la mise en application de la technique donc iimpossibilité de realiser ladite technique . quelle est donc l'utilité d'une saisie "forte" et pourquoi ce genre de pratique . merci d'avance.salutations .

petit detail sur la saisie muna dori de uké (mais detail tres important donné par SAITO SHIHAN pour execution de cette technique ) cette technique s'applique au moment precis ou uké cherche a effectuer une "tordion" de la saisie au revers de uké . sur une saisie ferme et sans torsion je ne pense pas que la technique puisse tre realisable - la torsion met le coude de uké en "rotation interne". salutations et bonne pratique .

Bonjour Patrick.

L'information que tu donnes est tout à fait correcte. Maître Saito indiquait effectivement que cette technique était conçue pour un coude d'uke plié. Ceci dit, il n'en reste pas moins que le coude d' un uke puissant, même plié dans une phase de torsion de la saisie, sera comme un roc pour un tori qui tenterait cette technique en comptant sur ses bras et sans utiliser comme il convient la rotation des hanches qui rend seule la technique viable. L'objet de la vidéo est de montrer la nécessité de cette utilisation de l'irimi-tenkan de l'Aikido.

Philippe Voarino

Qu’est-ce que l’Aikido Traditionnel ?


L’Aikido n’est pas un sport, c’est un art martial dont les lois (takemusu) sont en harmonie avec les lois de l’univers. L’étude de ces lois permet à l’homme de comprendre sa place dans le monde. L’Aikido est né à Iwama, O Sensei a réalisé dans ce village la synthèse entre tai jutsu, aiki ken et aiki jo.

Où pratiquer l’Aikido Traditionnel ?


La Fédération Internationale d’Aikido Takemusu (ITAF) apporte au pratiquant la structure dont il a besoin pour travailler au plus près de la réalité définie par O Sensei Morihei Ueshiba. Ses représentations nationales officielles garantissent un enseignement fidèle à celui légué par le Fondateur.

Les armes de l’Aikido, l’aiki ken et l’aiki jo


Dans l’Aikido moderne les armes sont peu enseignées, voire pas du tout. Dans l’Aikido d’O Sensei au contraire, l’aiki ken, l’aiki jo et le tai jutsu sont unis par des liens tels qu’ils forment ensemble un riai, une famille de techniques harmonieuses issues d’un principe unique. Chaque technique aide à comprendre toutes les autres.

Aikido art martial ou art de paix ?


La paix est un équilibre de l’être humain avec le monde qui l’entoure. L’objectif de l’art martial véritable n’est pas de devenir plus fort que son adversaire, mais de trouver dans l’adversaire un moyen de réaliser l’harmonie, l’ennemi n’existe plus alors comme tel mais comme celui qui offre l’occasion de parvenir au ki unifié.

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