Passage

(Instructions aux enseignants pour la transmission de l'Aikido)

I – Rappel historique

Morihiro Saito a reçu l’enseignement quotidien de Morihei Ueshiba à Iwama entre 1946 et 1969.

Le fondateur de l’Aikido était un chercheur, ce n’était pas un pédagogue. Tout son temps et toute son énergie étaient dévorés par la mise au point de son art, et il ne lui restait rien à consacrer à une méthodologie de la transmission.

Maître Saito a expliqué que le cerveau d’O Sensei était comme un volcan en éruption, dont jaillissaient comme un flot les techniques de l’Aiki, et que la richesse de cette production était telle qu’il était impossible d’en apercevoir le fil directeur.

Il a expliqué également que, devant la difficulté qu’il avait à comprendre ce que faisait maître Ueshiba, il a imaginé de mettre au point et de suivre une méthode d’apprentissage, qui lui permettrait de ne pas se perdre dans l’exubérante production technique d’O Sensei. Cette méthode, qui est devenue par la suite la méthode Saito, était donc au départ un outil conçu par Morihiro Saito à son usage personnel. C’était le moyen imaginé par le jeune Morihiro pour retenir ce qu’il voyait et ne comprenait pas.

Cela ne doit jamais être perdu de vue, sous peine que soient confondus la méthode d’apprentissage de maître Saito et l’Aikido du Fondateur.

II – Qu’a donc fait maître Saito ? Qu’est-ce donc que la méthode ?

Il est essentiel de comprendre comment a opéré exactement Morihiro Saito.

Stade #1

Sans le savoir sans doute, il a appliqué la recommandation de Descartes : il a décomposé la profusion illisible des mouvements d’O Sensei, en autant de parties qu’il était nécessaire, en autant d’éléments simples susceptibles d’être vus et retenus.

C’est ainsi que sont nés les sept suburi de ken et les vingt suburi de jo.

O Sensei n’a jamais pratiqué ces suburi sous la forme que nous leur connaissons aujourd’hui d’une liste de mouvements de 1 à 7 et de 1 à 20. C’est Morihiro Saito qui a en quelque sorte extrait de la pratique globale du Fondateur ces 27 mouvements, afin de pouvoir les répéter seul, de les apprendre, et de ne pas les oublier.

En opérant de la sorte, Morihiro concentrait son attention de manière exclusive sur la forme extérieure d’un mouvement qui était – dans ce contexte d’étude – destiné à être pratiqué sans adversaire.

Cette extraction mettait donc en scène une version simplifiée du mouvement : l’adversaire n’étant pas là, l’attaque d’uchi n’étant pas matérialisée, la prise d’angle était sans objet, pire encore elle venait polluer inutilement l’apprentissage de la forme.

Voilà pourquoi il décida de pratiquer les suburi sur une ligne, à partir de la position hanmi, ce que tous ses élèves continuent à faire aujourd’hui avec raison.

Mais pratiquer de la sorte sur une ligne, est un artifice pédagogique qui a une conséquence majeure : il n’est pas possible de mettre en œuvre la rotation des hanches.

Prenons l’exemple de choku tsuki ou de gaeshi tsuki. Position hanmi, pied gauche devant au départ : si je conserve cette position de profil, si je reste dans cette ligne initiale en frappant, si je demeure en hanmi, chacun comprend que mes hanches n’interviennent pas puisque le corps bouge en translation et pas en rotation.

Ce n’est pas grave puisque ce qui est recherché à ce stade n’est pas la mise en rotation des hanches, mais uniquement la forme extérieure du mouvement, le geste si l’on veut.

Maître Saito était parfaitement conscient que tous les mouvements qu’il avait ainsi extraits de la pratique de maître Ueshiba étaient une version simplifiée, et qu’il leur manquait la rotation des hanches. Mais il l’avait voulu ainsi, il avait délibérément choisi cette pratique linéaire afin de pouvoir concentrer la totalité de son attention sur la forme. Son objectif, à ce stade, était d’acquérir et de retenir une gestuelle.

Stade #2

La pratique des suburi du stade # 1 est essentielle, elle permet l’étude des formes et des gestes que le corps doit maîtriser pour être en mesure de passer à l’étape suivante. Elle permet aussi l’étude de la respiration.

Mais une chose est impossible dans la solitude de cette pratique, c’est l’apprentissage de la synchronisation avec une énergie adverse, qui porte en japonais le nom d’awase (awaseru). Cet apprentissage ne devient possible qu’avec l’apparition et l’opposition de l’adversaire, de son rythme, de sa dynamique propre. L’énergie d’aite, l’autre, doit évidemment se manifester à un moment donné pour qu’il soit possible de se mettre en harmonie avec elle.

Morihiro Saito, fidèle à sa logique, imagina alors d’organiser cette étude de l’awase de manière aussi méthodique qu’il avait organisé les suburi de stade # 1.

Il réintroduisit, dans un arrangement technique à deux, les suburi qu’il avait isolés dans un premier temps. Il mit au point – après avoir obtenu l’autorisation d’O Sensei – plusieurs exercices de quelques frappes successives, permettant de pratiquer les suburi non plus seul, mais à deux désormais.

Avec le temps, ces exercices devinrent progressivement les six kumi tachi, les dix kumi jo, la version awase des sanju ichi et jusan no jo et, plus tard, les sept ken tai jo.

Jamais cependant O Sensei n’avait pratiqué de la sorte, pour la raison fondamentale que le type d’action que propose l’Aikido repose sur les concepts d’awase et d’irimi : au moment précis où l’attaque d’uchi est censée parvenir, c’est lui qui est touché, et nage a disparu. Il n’y a pas de deuxième chance.

C’est l’application parfaite, dans l’action martiale, d’un fondement de la culture japonaise, qui est traduit par l’expression ichi-go ichi- e (un moment, une rencontre), et que l’on trouve aussi bien dans la cérémonie du thé que dans la calligraphie ou le tir à l’arc.

Ce fondement est en rapport avec l’unité de l’action née de la rencontre parfaite, avec l’awase donc. Et ce n’est pas un hasard si Aikido et awase s’écrivent avec le même idéogramme 合.

On comprend que ce principe de l’action Aiki parfaite (takemusu), ce principe de la résolution de la dualité dans l’unité, interdise d’envisager la possibilité de passes d’armes multiples avec le même adversaire. Et on comprend qu’elle interdise donc, par voie de conséquence, toute idée de protection, de parade, de riposte, qui sont les attributs de la dualité, les attributs d’un conflit qui ne peut avoir d’existence que dans la dualité.

Ce serait faire injure à Morihiro Saito, ce serait oublier sa vie auprès d’O Sensei, d’imaginer qu’il ignorait cela.

Aussi, la clef fondamentale pour comprendre sa méthode consiste-t-elle à réaliser que les kumitachi, les kumijo, les ken tai jo, n’ont rien à voir avec les phases d’un combat, et n’ont rien à voir avec la réalité de l’Aikido, réaliser qu’il ne s’agit là encore et toujours, et seulement, que de suburi. Mais, ce sont des suburi de stade # 2.

Les suburi de stade # 1 se pratiquent seul, les suburi de stade # 2 se pratiquent à deux. Les suburi de stade # 1 permettent d’acquérir la forme corporelle et la respiration, les suburi de stade # 2 développent également la forme corporelle et la respiration, mais permettent deux acquisitions nouvelles : la sortie de la ligne d’attaque, et l’awase. Ces deux dernières acquisitions se font selon deux modalités :

  • en kotai (après la frappe d’uchi) : la sortie de la ligne d’attaque (désynchronisée de l’action d’uchi),
  • en jutai (au moment de la frappe d’uchi) : l’awase (la sortie de la ligne d’attaque en harmonie avec la dynamique d’uchi).

Toutefois – et ce point est d’une importance capitale – maître Saito mit au point ces suburi de stade # 2 sans pour autant abandonner le mode linéaire sur lequel il avait décidé de répéter les suburi de stade # 1.

Et je demande la plus grande attention pour ce qui va être expliqué maintenant.

Chacun voit bien que les suburi de stade # 1 sont un travail linéaire. Ils ont été conçus comme cela par maître Saito, qui insistait dans son enseignement sur la nécessité d’exécuter ces suburi en ligne, et on comprend peut-être mieux pourquoi, à la lumière des explications qui précèdent.

Mais peu nombreux sont ceux qui voient en quoi les suburi de stade # 2, c'est-à-dire les kumitachi, kumijo et ken tai jo, sont également un travail linéaire où la rotation des hanches n’est pas davantage présente que dans les suburi de stade # 1.

Pour comprendre, reprenons l’exemple de choku tsuki ou gaeshi tsuki.

Quand ce mouvement n’est plus réalisé seul, en ligne, face au miroir, quand l’adversaire, uchi tachi ou uchi jo, est là qui attaque justement sur cette ligne, il est bien clair qu’uke jo doit désormais quitter cette ligne selon un angle, ce qu’il ne devait pas faire dans les suburi de stade # 1.

Que fait-il alors très exactement, à ce stade de l’étude, dans le cadre du kumijo ?

En hidari awase par exemple, il se déplace d’une trentaine de degrés vers la gauche. Il mobilise d’abord son pied avant (gauche), ensuite son pied arrière (droit), et il retrouve très exactement, au terme de ces deux pas, la position hanmi qui était la sienne au départ de l’action.

Cette position est simplement décalée d’une trentaine de degrés.
Elle n’est pas atteinte par une rotation des hanches, elle est atteinte par deux pas successifs sur le côté.

Uke jo frappe alors dans cette position, qui n’est rien d’autre que la position qu’il avait dans le suburi de stade # 1 (planche n°1), mais décalée cette fois de l’angle nécessaire à sortir de la ligne d’attaque.

Mais alors, puisque la frappe était linéaire dans le suburi de stade 1 #, et que c’est très exactement la même frappe qui est reproduite dans le suburi de stade # 2, après que le corps se soit déplacé de l’angle nécessaire, on comprend aisément qu’il s’agisse, dans ce deuxième cas également, d’une frappe linéaire, en translation, et sans rotation des hanches.

Autrement dit – et ceci est fondamental – les exercices d’armes à deux, mis en place par maître Saito, ont pour objectif de développer la forme corporelle, la respiration, la mobilité par rapport à la ligne d’attaque, et la synchronisation avec une énergie adverse (awase), mais ils sont eux aussi conçus pour être pratiqués de manière linéaire. Ils ne sont que le prolongement de la pratique des suburi de stade # 1, dans un contexte où devient désormais nécessaire la prise en compte d’une direction d’attaque et d’un timing propre à cette attaque, deux dimensions qui n’existaient pas encore dans les suburi de stade # 1.

Ce procédé est celui mis au point spontanément et progressivement par le jeune Morihiro Saito pour retenir l’enseignement de son maître.

Deux décennies plus tard, après la mort d’O Sensei, Maître Saito perfectionna ce procédé. Il le transforma en une véritable méthode d’enseignement, qu’il utilisa ensuite pour transmettre à ses élèves les éléments d’une base qu’il jugeait indispensable pour qu’ils puissent retrouver un jour, éventuellement, la réalité de la pratique du Fondateur.

L’espoir de maître Saito était que sa pédagogie permette à tous ceux qui n’avaient pas connu O Sensei et pratiqué sous sa direction, d’avoir une chance de comprendre l’Aikido du Fondateur, ce qu’il jugeait impossible sans méthode.

Voilà pourquoi il choisit de ne jamais enseigner au-delà du stade # 2 : parce qu’il estimait n’avoir pas assez de tout son temps pour renforcer sa méthode, afin de la rendre aussi sûre, aussi efficace, et aussi incontournable qu’il était possible.

Il consacra toute son énergie à cette tâche.

Bien qu’il ait souvent expliqué que le stade # 2 n’était pas encore l’Aikido, que c’était une gymnastique préparatoire à l’Aikido, il avait une autre raison majeure de ne pas enseigner au-delà du stade # 2 : c’est que le stade # 3 aborde la réalité du mouvement d’Aikido. Et maître Saito avait compris qu’enseigner cette réalité faisait courir un très grand danger à sa méthode.

Ce danger est toujours le même aujourd’hui : il consiste en ce que les enseignants qui prendraient goût à la réalité du mouvement se détournent de la méthode, finissent par considérer qu’elle est superflue, et en arrivent à l’abandonner et à l’oublier, en perdant de vue que c’est justement grâce à la méthode qu’ils sont parvenus à dépasser les limites de la méthode.

III – Qu’est-ce que le stade #3 ?

Le stade # 3, c’est la pratique d’O Sensei, c’est l’irimi de l’Aikido.

L’irimi de l’Aikido est une production de la rotation invisible de l’axe vertical du corps sur lui- même. Cette rotation de l’axe a pour effet la rotation en complémentarité des deux hanches, qui en est la manifestation visible. Maître Ueshiba désignait cette rotation des hanches en complémentarité par le terme irimi-tenkan.

C’est la rotation des hanches qui conduit de la position hanmi à la position hito e mi. Sans rotation des hanches, il n’y a donc pas d’irimi possible. L’irimi de l’Aikido est tributaire de la rotation irimi-tenkan des hanches.

Or, nous avons vu qu’un caractère commun aux suburi de stade # 1 et aux suburi de stade # 2, est précisément l’absence de rotation des hanches. Nous avons vu que cette absence est délibérée, qu’elle est voulue dans la méthode afin de concentrer toute l’attention sur l’étude de la forme, des angles, et de l’awase.

La conséquence inévitable de ce choix, c’est que l e concept d’irimi, qui naît seulement de cette rotation, est absent lui aussi des suburi de stade # 1 et des suburi de stade # 2. Et il ne faudrait surtout pas confondre la prise d’angle des suburi de stade # 2 avec un irimi. Répétons que cette prise d’angle, cette sortie de l’axe d’attaque, ne s’effectue pas en rotation, mais en marchant, et que l’absence de rotation, la marche, a pour conséquence la conservation rigoureuse de toutes les caractéristiques d’une action linéaire.

Le stade # 3 est donc le stade de l’étude où va se manifester, pour la première fois, la rotation des hanches, et par conséquent l’irimi.

Mais la rotation des hanches confère au mouvement d’Aikido une caractéristique qui change radicalement par rapport au mouvement tel qu’il a été développé dans les stades # 1 et 2. Cette notion nouvelle est la circularité.

Le mouvement, qui était jusque là linéaire, est radicalement transformé, il devient circulaire. Ce point doit être compris absolument : il n’existe pas de mouvement d’Aikido linéaire, tous les mouvements d’Aikido sont circulaires (ou spiralés si l’on préfère cette formulation).

Ceci revient à dire que la méthode de maître Saito est une étude préparatoire à l’Aikido, mais que ce n’est pas encore l’Aikido.

Maître Saito savait cela, maître Saito a expliqué cela. Il a été très peu entendu.

Croire que pour bien faire de l’Aikido il suffise de reproduire de mieux en mieux, de plus en plus vite, de plus en plus fort, les exercices de la méthode d’apprentissage, c’est croire que l’Aikido se trouve dans la méthode, c’est un aveuglement, c’est une impasse. L’Aikido n’est pas là, l’Aikido est un niveau plus loin encore, et maître Saito l’a fait comprendre plus d’une fois, bien qu’il ait décidé de ne pas enseigner au niveau en question.

Un moment vient où il n’y a plus d’autre solution, pour progresser, que de quitter la méthode pour aborder le stade # 3.

La difficulté, c’est que ce passage représente une modification profonde par rapport aux deux stades précédents : il faut refaire l’apprentissage complet des déplacements autour désormais du principe irimi-tenkan, il faut abandonner le travail linéaire pour découvrir le travail circulaire fondé sur irimi-tenkan.

C’est la mue du serpent qui doit perdre sa vieille peau. Le serpent ne renie pas sa vieille peau, sans elle il n’aurait pu parvenir jusque là, mais il la quitte pour pouvoir grandir. S’il ne la quittait pas, elle l’étoufferait. Car ce qui est bénéfique à un stade du développement devient maléfique au stade suivant.

La méthode de maître Saito est un outil merveilleux, elle est ce qu’il y a de mieux pour la progression, tant que l’on s’en tient aux deux premiers stades de l’apprentissage de l’Aikido. Mais quand la méthode a rempli sa fonction, elle doit être abandonnée, avec respect, avec gratitude, mais avec détermination, comme le serpent abandonne sa peau.

Celui qui est parvenu au terme des possibilités de la méthode, et qui continue néanmoins à chercher le futur de sa progression dans cette méthode, meurt asphyxié sous la contrainte devenue inutile d’une pédagogie sans vie. Parce que cette pédagogie n’a pas été conçue pour durer toute la vie d’un homme, mais comme un artifice momentané, destiné à favoriser son développement initial.

Le stade # 3 ne rejette pas les exercices mis au point par maître Saito, il les utilise encore. Mais il le fait de manière complètement nouvelle, en introduisant enfin dans ces exercices, après des années d’apprentissage, le déplacement authentique du Fondateur, et donc l’irimi d’O Sensei, l’irimi de l’Aikido.

Ce passage du stade # 2 au stade # 3 ne peut être réalisé sans que soient maîtrisés au préalable les stades # 1 et 2.

IV – Remarque concernant le tai jutsu

L’aperçu qui vient d’être donné de la méthode Saito l’a été à partir du travail des armes de l’Aikido. Il était en effet plus facile, dans ce domaine, de faire comprendre le principe de linéarité adopté par maître Saito comme un principe préparatoire à l’étude de l’Aikido.

Expliquer comment ce dernier décida d’appliquer également ce principe de linéarité aux techniques à mains nues, serait trop long et trop complexe. On pourra en avoir une idée en lisant les dossiers du site TAI consacrés à la « Méthode Saito ». Car de la même manière qu’il y a des suburi d’armes, il y a également des suburi de tai jutsu.

La gymnastique préparatoire à l’Aikido caractérise l’ensemble de l’enseignement de maître Saito, qui l’a systématiquement organisé selon le principe et la règle de la linéarité du mouvement. J’insiste sur le mot systématiquement, car ce dont il s’agit ici est bien la mise en place d’un système original d’enseignement préparatoire à l’Aikido.

La paternité de ce système revient à Morihiro Saito et à lui seul, il n’est pas né de l’esprit de maître Ueshiba.

Tout ce qui précède était une explication longue mais indispensable pour comprendre la série d’instructions suivantes concernant la transmission de l’Aikido.

V – Instructions pour la transmission de l’Aikido

  1. La méthode mise en place par maître Saito est utile à la transmission de l’Aikido. L’expérience l’a démontré. La notoriété de l’enseignement d’Iwama repose sur cette méthode.
  2. Cette méthode doit-être utilisée par les professeurs qui l’ont étudiée. Elle doit être transmise aux élèves et futurs professeurs. Elle consiste exclusivement dans la pratique des suburi de stade # 1 et de stade # 2, pour la pratique des armes comme pour celle du tai jutsu.

    Le principe irimi-tenkan a été volontairement retiré de ce niveau de pratique qui ne doit pas être considéré comme de l’Aikido, mais plutôt comme une gymnastique préparatoire à l’Aikido.

    Une conséquence importante de cette circonstance, c’est que la vitesse d’exécution, pas plus que la force physique, ne sont requises à ce niveau d’étude. Le recours à la vitesse, ou à la force physique, sont des preuves de l’incompréhension de l’objet même de l’étude des stades # 1 et 2.

  3. La méthode doit être conservée intacte, elle ne doit pas être modifiée. Ceci veut dire que le principe de linéarité doit être scrupuleusement respecté.

    Aucun élément propre au travail circulaire du stade # 3 ne doit être incorporé à l’enseignement linéaire des stades # 1 et 2, sous peine de confusion. Pas plus que des éléments des stades # 1 et 2 ne doivent se retrouver dans le stade # 3. Car les choses qui sont vraies dans un système donné sont fausses si on les considère depuis un état différent de ce même système. Aussi est-il essentiel de comprendre à quel niveau de pratique on se situe, et d’accepter les contraintes liées à la progression.

    Le temps des fondations n’est pas inutile. Il ne dure pas toujours. La patience est nécessaire. Il est important d’accomplir cette étape sous la direction d’un professeur compétent.

  4. La méthode est considérée connue quand l’élève a atteint le grade de 3 ème dan. L’organisation des examens doit tenir compte de cette exigence.
  5. A partir du grade de 3 ème dan, l’élève/professeur doit recevoir un enseignement supérieur qui, sur la base de ce qu’il a appris jusque là, va lui permettre d’acquérir les éléments nécessaires à accéder au stade # 3, et l’éveiller ainsi progressivement à la pratique de l’Aikido, qu’il n’a, à proprement parler, pas encore commencée.
  6. Il n’est pas souhaitable que les informations relatives au stade # 3 soient données avant que l’élève n’ait atteint la maturité nécessaire du 3 ème dan. Sans maturité suffisante, l’enseignement du stade # 3 pourrait en effet lui laisser penser que la méthode est superflue et que l’on peut se dispenser de l’étudier, ce qui serait une erreur.
  7. L’enseignement donné au stade # 3 doit permettre de comprendre la transformation du mouvement liée au passage de la linéarité à la circularité. Cette circularité apparaît seulement avec la mise en œuvre du principe irimi-tenkan. Le stade # 3 doit être reconnu comme le prolongement de tout ce qui a été étudié dans les stades # 1 et 2, mais appliqué désormais à la réalité du mouvement d’Aikido.
  8. Le stade # 3 ne peut être enseigné que par des professeurs qui ont acquis la compréhension de son principe, mais également la connaissance complète du détail technique de son mode de transmission.

    Le temps d’étude nécessaire après le grade de 3 ème dan, porte le niveau de maturité requis pour transmettre cet enseignement à celui de 6 ème dan.

  9. Maître Saito a consacré sa vie à l’élaboration de sa méthode d’enseignement, mais il n’a pas fait cela pour que les pratiquants restent enfermés toute leur vie dans cette méthode.

    Tout l’objectif de la méthode est, au contraire, de permettre à l’élève de quitter un jour le cadre nécessairement limité de l’étude des bases, pour accéder à la pratique authentique de l’Aikido du Fondateur.

    Maître Saito considérait que son rôle était de permettre à ses élèves de parvenir jusque là. Il considérait même cela comme une mission. Il en a fait, à travers l’élaboration et la transmission de sa méthode pédagogique, un but essentiel de sa vie.

Retrouver l’Aikido d’O Sensei est le plus bel hommage que l’on puisse rendre au travail de maître Saito, c’est respecter scrupuleusement sa volonté. Cela passe par le respect de la méthode, mais cela passe aussi nécessairement par l’abandon de la méthode, quand le moment est venu.

Philippe Voarino
Pâque (Pessa’h, Passage) 2014

Reprise: 

Qu’est-ce que l’Aikido Traditionnel ?


L’Aikido n’est pas un sport, c’est un art martial dont les lois (takemusu) sont en harmonie avec les lois de l’univers. L’étude de ces lois permet à l’homme de comprendre sa place dans le monde. L’Aikido est né à Iwama, O Sensei a réalisé dans ce village la synthèse entre tai jutsu, aiki ken et aiki jo.

Où pratiquer l’Aikido Traditionnel ?


La Fédération Internationale d’Aikido Takemusu (ITAF) apporte au pratiquant la structure dont il a besoin pour travailler au plus près de la réalité définie par O Sensei Morihei Ueshiba. Ses représentations nationales officielles garantissent un enseignement fidèle à celui légué par le Fondateur.

Les armes de l’Aikido, l’aiki ken et l’aiki jo


Dans l’Aikido moderne les armes sont peu enseignées, voire pas du tout. Dans l’Aikido d’O Sensei au contraire, l’aiki ken, l’aiki jo et le tai jutsu sont unis par des liens tels qu’ils forment ensemble un riai, une famille de techniques harmonieuses issues d’un principe unique. Chaque technique aide à comprendre toutes les autres.

Aikido art martial ou art de paix ?


La paix est un équilibre de l’être humain avec le monde qui l’entoure. L’objectif de l’art martial véritable n’est pas de devenir plus fort que son adversaire, mais de trouver dans l’adversaire un moyen de réaliser l’harmonie, l’ennemi n’existe plus alors comme tel mais comme celui qui offre l’occasion de parvenir au ki unifié.

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