Au-delà de la méthode #47

Dossier détaillé sur le kumitachi n°5

#7 : de l’importance qu’uke attaque véritablement

L’Aikido a été défini par O Sensei comme l’art d’entrer dans la garde de l’adversaire, c’est irimi.

Le sens qui se trouve derrière de cette définition, c’est qu’il n’y a pas d’irimi sans adversaire, pas d’Aikido sans adversaire : c’est parce qu’il y a un attaquant que l’on peut entrer dans la garde de l’attaquant. Cette dernière phrase peut avoir l’air d’une lapalissade, mais derrière elle se cache une vérité sur laquelle il est bon de réfléchir.

Disons le autrement : il est impossible à tori de faire irimi-tenkan sur un uke qui ne l’attaque pas.

Si uke n’attaque pas et que tori essaye malgré cela d’entrer dans la sphère d’uke, alors tori devient uke car il n’a pas d’autre recours, dans une telle situation, que d’attaquer de manière linéaire (un bon exemple de cela est le suburi n°2 de l’aiki-ken, utilisé par tous les uke qui attaquent O Sensei sur les témoignages vidéo dont nous disposons).

Le déplacement d’Aikido est spiralé, mais cette spirale (irimi-tenkan) ne peut être mise en œuvre que sur une attaque qui, elle, ne peut être que linéaire.

Tout cela est un problème de maai : irimi-tenkan ne permet pas de frapper un adversaire immobile qui se tiendrait hors de la sphère de tori, obligeant ainsi ce dernier à aller au devant d’uke, irimi-tenkan est une force de pénétration circulaire qui est parfaitement ajustée à la force de pénétration linéaire d’uke, mais qui a besoin de cette force de pénétration linéaire pour pouvoir s’exercer.

C’est dans cette mesure seulement que l’on peut comprendre les propos célèbres d’O Sensei :

L’adversaire a perdu à partir du moment où il a décidé de m’attaquer.

En effet, ce n’est qu’à partir du moment où il y a chez l’autre décision d’attaque, que peut naître irimi-tenkan, et avec lui l’Aikido.

Le déplacement de l’Aikido permet bien de circuler librement au milieu des attaques adverses, mais il a besoin de ces attaques pour se mettre en marche et se déployer.

Dans tous les exercices d’Aikido, il est donc nécessaire qu’uke attaque franchement et sans réserve, sans quoi il n’y a pas d’Aikido. L’attaquant doit absolument faire confiance à la vertu de l’Aikido de toujours permettre à tori d’utiliser contre uke sa propre attaque. Et au bout du compte il faut être conscient de cela : si à l’entraînement uke n’attaque pas honnêtement et sans arrière pensée, c’est qu’il n’a pas véritablement foi en l’Aikido.

Philippe Voarino, septembre 2016.

Commentaires

Bonsoir Philippe, et bonne reprise à tous les pratiquants, après peut-être ou certainement une pause estivale bénéfique...

aller, ce soir je suis en forme,.....

Très convaincu de l'attaque véritable depuis longtemps, surtout depuis mes début avec mon enseignante "maitre charpentière" de l'époque , Catherine (qui elle, était ceinture noire "multi-dan" en judo, karaté, kung fu,....aikido), profond respect pour tous ses apports....je me rends compte que beaucoup de pratiquants en Aiki sont "bridés" par la peur dans leur attaque par l'inconnu de ce qui va se passer, peur de la blessure bien légitime (la leur ou celle de tori), ou encore simplement peur de s"engager véritablement.... le système d'enseignement de l'Aikikaï a tenté de résoudre ce problème en maximisant le "côté sportif et gymnique" des Uke, en les formatant plus ou moins à répondre favorablement à l'action de tori (annonce de l'attaque et de la technique par ex. dans les passages de grades, notion de respect de l'intégrité, apprentissage prononcé des ukemi, etc...), pour autant est-ce une attaque véritable ou un scénario connu par avance, .....moi je respecte, simplement pour l'engagement de tous ces pratiquants, au demeurant très télégéniques, chacun y verra ce qu'il veut bien.... mais il en est de même pour les enseignements du Yoshinkan ou encore de l'Iwama ryu, où on reconnait invariablement au premier coup d’œil , tel ou tel pratiquant d'une "chapelle" à sa forme d'attaque, de ki aï et surtout de chute....dans ces dernières "chapelles", on ne peut pas véritablement dire que la notion de respect de l'intégrité soit au premier plan, elles passent aux yeux des autres pour des "brutes", etc....mais tout cela reste bien convenu, quelque soit la "chapelle", tout cela fonctionne en système "attaque-réponse","problème-solution","telle technique-telle chute",etc...tout est prévu plus ou moins à l'avance, tout est conventionné, souvent dans des rapports d'opposition (attaque-réponse)....bref bien loin des enseignements d'O Senseï comme tu le soulignes souvent ( notions d'espace et de temps par ex.)....

à titre personnel, j'ai tendance à penser que la véritable attaque est celle qui n'a pas encore eu lieu, développant la spontanéité et l'engagement confiant chez les pratiquants, mais c'est une paraphrase du message d'O Senseï ("L’adversaire a perdu à partir du moment où il a décidé de m’attaquer"), sauf que lui l'envisageait dans des termes du champ de bataille, et nous, de l'enseignement, du partage, du loisir.... donc il faut bien conventionner certaines choses, pour que chacun puisse rentrer le soir intacte après la pratique.

Autre réflexion: tu indiques Philippe que :"irimi-tenkan ne permet pas de frapper un adversaire immobile qui se tiendrait hors de la sphère de tori, obligeant ainsi ce dernier à aller au devant d’uke, irimi-tenkan est une force de pénétration circulaire qui est parfaitement ajustée à la force de pénétration linéaire d’uke, mais qui a besoin de cette force de pénétration linéaire pour pouvoir s’exercer", cela est irréfutable et tes enseignements en sont la démonstration vivante....

est-ce à dire que dans la pratique "kotaî", on ne peut pratiquer ou parler d"irimi-tenkan", puisque par exemple simple, on doit avancer et aligner le pied sur katate dori tai no henka, morote kokyu ho........tout le reste d'ailleurs....certes tu répondras que la pratique kotaï est la gymnastique de l'Aikido et pas encore l'Aïkido, mais il me semble qu'irimi-tenkan est un principe, comme une fondation qui se doit d'être solide et invariable dans toute la pratique donc comment l'inclure à la base, au début de l'enseignement avec des personnes débutantes ???

conscient d'avoir été un peu long, mais j'avais prévenu....merci de tes réflexions et réponses éclairées.

Respectueusement, à bientôt....

Eric

Bonsoir Eric.

Ce qui n'est pas encore de l'Aikido, ce sont les exercices pratiqués selon la ligne. C'est le travail linéaire qui empêche de réaliser irimi-tenkan.

En revanche, une manière kotai de pratiquer peut parfaitement être de l'Aikido, pourvu que le déplacement (quelle que soit sa lenteur, et même son éventuelle lourdeur) soit le résultat d'une rotation des hanches.

J'illustre par un exemple : morote dori kokyu ho (sokumen irimi nage comme on dit aujourd'hui) en ligne, en poussant tout droit, n'est pas de l'Aikido. Le même mouvement, exécuté avec la même vitesse et la même puissance, devient de l'Aikido si c'est au contraire le déplacement circulaire qui est mis en oeuvre.

Philippe Voarino

bonjour a tous - il me semble que l'aikido n'a jamais été "lineaire "- O SENSEI et bien des eleves de O SENSEI ,dont SAITO Shihan ont toujours dit et repeté que 'aikido etait "circulaire" - SAITO Shihan a ecrit dans ses vieux livres ,il y a longtemps , que c'etait le mouvement des hanches qui determinait la position des pieds . et l'on constate dans ses vieux livres que SAITO Shiahn n'entrait jamais en "ligne droite" mais bien avec un mouvement "rotatif".. je pense donc que l'erreur faite par les pratiquants d'une entrée en "ligne droite" est due a une mauvaise interpretation de l'enseignement "reçu ou perçu".,d'ou l'impossibilité d'une pratique conforme a l'enseignement de O SENSEI. tout depend donc de la possibilité des pratiquants a "percevoir" ce que j'appelle "l'invisible" dans la pratique de O SENSEI . salutations et bonne pratique a tous .

bonjour a tous - si ma memoire est bonne il semble que le triangle ,le cerce et le carré - figures utilisées par O SENSEI lors de ses discours - avaient pour definition : triangle corespond a la garde aikido (sankaku ) cercle correspond au contact et a la realisation de la technique,et carré correspond a l'immobilisation . on retrouve donc bien le fait que le contact et la realisation de la technique s'inscrit dans un cercle .bonne pratique .salutations .

Salut Dieu, merci de ton dernier commentaire, puisque j'en ai fait référence et démonstration au dernier cours du mercredi.... voici comment je l'ai illustré:

le triangle: la position Hanmi, qui permet d'aller dans toutes les directions, avant, côté, arrière avec son extension hito himi, ouverture, suivant le cas, mais pas dans tous les cas, position instable et peu équilibrée, ce n'est pas sa fonction première.

le carré: seul moment de la mobilisation possible et complète des hanches sans se tordre le corps, gauche-droite, lemniscate et surtout irimi-tenkan, enfin moment de l'action de coupe véritable "pleine puissance"....exemples annexes tameshigiri, kung-fu, boxe,karaté, etc....

cercle: tout ce qui précède tient dedans, l'Aikido se pratique selon les propos du fondateur suivant "les principes qui régissent l'univers", suivant des angles et des rotations, des espaces-temps au delà du raisonnement ou de l'anticipation, etc....mais de manière circulaire et spontanée, "une toupie en mouvement" mais "non fixée sur un point" comme le soutiennent certains.

merci encore de ce point de vue d'échange.

Eric

Bonjour eric -je ne suis qu'un pratiquant d'aikido - je pense que si les pratiquants essayaient de pratiquer selon ce qui a été créé par le fondateur et enseigné par ses proches eleves, il y aurait beaucoup moins de probleme en france au sujet de la pratique de l'aikido ... mais on chacun veut avoir "decouvert" le soi disant "truc " en plus qui fait que "son"aikido et le mieux...c'est desesperant mais c'est ainsi...il y a egalement je pense probeme de beaucoup d'enseignants de toutes ecoles et fede confondus qui ne souhaitent pas que "leurs" eleves s'interessent a autres ecoles ,fedes etc que la leur ,de crainte de "perdre" leurs eleves. triste monde mais qui existe malheureusement. bonne pratique de l'aikido a tous.une toupie en mouvement n'est jamais fixée sur un point. regardez bien une toupie qui tourne elle bouge meme si ce n'est qu' infime elle n'est pas "ancrée"a un point. la aussi je ense que ca souleve un probleme vis a vis des personnes qui pensent que le cercle en aikido doit etre "immense. plus il est petit moins il est visible d'ou la lectrure faite par certain que la pratique de l'aikido'aikido est lineaire - mais bon on pourrait passer des heures a discuter,mieux vaut pratiquer et essayre de mettre en pratique l'aikido d fondateur .

Qu’est-ce que l’Aikido Traditionnel ?


L’Aikido n’est pas un sport, c’est un art martial dont les lois (takemusu) sont en harmonie avec les lois de l’univers. L’étude de ces lois permet à l’homme de comprendre sa place dans le monde. L’Aikido est né à Iwama, O Sensei a réalisé dans ce village la synthèse entre tai jutsu, aiki ken et aiki jo.

Où pratiquer l’Aikido Traditionnel ?


La Fédération Internationale d’Aikido Takemusu (ITAF) apporte au pratiquant la structure dont il a besoin pour travailler au plus près de la réalité définie par O Sensei Morihei Ueshiba. Ses représentations nationales officielles garantissent un enseignement fidèle à celui légué par le Fondateur.

Les armes de l’Aikido, l’aiki ken et l’aiki jo


Dans l’Aikido moderne les armes sont peu enseignées, voire pas du tout. Dans l’Aikido d’O Sensei au contraire, l’aiki ken, l’aiki jo et le tai jutsu sont unis par des liens tels qu’ils forment ensemble un riai, une famille de techniques harmonieuses issues d’un principe unique. Chaque technique aide à comprendre toutes les autres.

Aikido art martial ou art de paix ?


La paix est un équilibre de l’être humain avec le monde qui l’entoure. L’objectif de l’art martial véritable n’est pas de devenir plus fort que son adversaire, mais de trouver dans l’adversaire un moyen de réaliser l’harmonie, l’ennemi n’existe plus alors comme tel mais comme celui qui offre l’occasion de parvenir au ki unifié.

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